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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Le temps de l’indignation

Stéphane Hessel est mort. Il avait tout de même 95 ans, cet ancien résistant qui a connu toutes les horreurs des deux siècles sur lesquels s’étend sa vie, y compris celle des camps de concentration où il a été déporté. Diplomate de carrière, il a aussi participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais le grand public ignore ces détails. Ce que tout le monde sait, en revanche, c’est que Stéphane Hessel a écrit, à l’âge de 93 ans, un tout petit livre de 19 pages avec pour titre un véritable mot d’ordre : Indignez-vous ! Plus de 4 millions de personnes ont acheté le livre. Le livre est dense et peu ont pris la peine de le lire vraiment. Mais nul n’oubliera ce titre, ce verbe soutenu (l’indignation a de nos jours une connotation élitiste) servi à l’impératif.


Ce « sentiment de colère que soulève une action qui heurte la conscience morale » (Le Robert), au Liban, nous en sommes constamment rongés. Car pratiquement toutes les actions publiques dans ce pays, qu’elles soient politiques, juridiques, militaires ou sociales, ont tendance à heurter notre conscience morale. Et pourtant nous ne faisons pas grand-chose pour tenter d’infléchir la courbe. L’indignation est-elle un sentiment passif ? On a d’ailleurs reproché à Stéphane Hessel de soulever l’opinion sans proposer de solution. Pourtant, l’indignation touche à ce que nous avons de plus chatouilleux, en Orient : la dignité. Par dignité, nous suivons nos dignitaires. Par dignité, nous alimentons des manifestations massives non pas contre des abus ou des projets malvenus comme il en pullule, mais contre « les autres ». Ces autres d’un autre camp, d’une autre communauté, d’une autre sensibilité culturelle. Nous en oublions qu’il en va aussi de notre dignité d’avoir accès au courant électrique sans attendre le bon vouloir des mafias du carburant, à l’éducation et à l’instruction sans que le salaire des enseignants soit un enjeu populiste, à manger à notre faim et bénéficier de soins sans supplier au seuil des hôpitaux que quelqu’un nous sauve au lieu d’attendre le hoquet de la Sécurité sociale. Tout cela, bien sûr, nous nous en plaignons, sachant qu’aucune formation politique n’a jamais pu l’assurer de manière équitable, chacune œuvrant en priorité pour les gens de son clan.


Dans la peau de chagrin qui nous sert de pays, ce fut hier un petit miracle de voir, au moment même où les dépêches annonçaient la mort de Stéphane Hessel, défiler impromptu des milliers d’indignés en direction du Sérail. Évidemment, la révision de l’échelle salariale dans ces conditions économiques difficiles ne sera pas une panacée. Évidemment, ce n’est pas en augmentant les salaires de fonctionnaires pléthoriques, dont certains sont parfois préposés à l’agrafeuse et d’autres à la perforeuse, qu’on améliorera le travail administratif. Mais qu’il était réjouissant le spectacle de ces gens qui avançaient avec détermination, sans afficher d’appartenance autre que leur citoyenneté, ne représentant qu’eux-mêmes sinon leur corps de métier, simplement soulevés d’indignation. Même si cela ne mène nulle part, mieux vaut être indigné que résigné.

Stéphane Hessel est mort. Il avait tout de même 95 ans, cet ancien résistant qui a connu toutes les horreurs des deux siècles sur lesquels s’étend sa vie, y compris celle des camps de concentration où il a été déporté. Diplomate de carrière, il a aussi participé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Mais le grand public ignore ces détails. Ce que tout le monde sait, en revanche, c’est que Stéphane Hessel a écrit, à l’âge de 93 ans, un tout petit livre de 19 pages avec pour titre un véritable mot d’ordre : Indignez-vous ! Plus de 4 millions de personnes ont acheté le livre. Le livre est dense et peu ont pris la peine de le lire vraiment. Mais nul n’oubliera ce titre, ce verbe soutenu (l’indignation a de nos jours une connotation élitiste) servi à l’impératif.
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