Haram el-Maarifa, Guerre civile, et Soccer Board sont les trois jeux créés par Naji Tuéni dans les années 80 et 90. Le premier, une version arabe du Trivial Pursuit, a récemment été adapté en application numérique et sera bientôt accessible sur les systèmes Apple et Android.
Naji Tuéni est créateur de jeux. Passionné d’innovation dès son plus jeune âge, il a déjà inventé, dans les années 80 et 90, trois jeux de société, dont quelques milliers d’exemplaires se sont vendus sur le marché local. De la création du concept original jusqu’à l’élaboration ardue des règles, en passant par l’imagination des pions et du plan de jeu ensuite minutieusement réalisés, la besogne est longue et requiert des mois, voire des années de travail. Une tâche qui ne semblerait pourtant pas décourager Naji Tuéni, qui s’attaque aujourd’hui à réinventer un jeu connu et vieux de 200 ans, le poker.
Ce nouveau poker, baptisé Poke2D, ou poker de deuxième dimension, n’est pas une nouvelle variante du jeu qui vient s’ajouter à la centaine de variantes connues de par le monde, mais bel et bien un nouveau poker, le premier nouveau, comme l’explique Naji Tuéni. « Le Poke2D est basé sur des combinaisons de six cartes au lieu de cinq, dit-il. Cette sixième carte vient s’ajouter et confère au poker une nouvelle dimension, d’autant plus que le Poke2D se joue avec deux paquets de cartes au lieu d’un. Dès lors, de nouvelles combinaisons deviennent possibles, 14 au lieu de 9. » Des changements qui rendent somme toute le jeu plus difficile, et tentent d’explorer de nouveaux horizons et de nouvelles limites.
Pour élaborer ce Poker2D, Naji Tuéni a dû établir un nouveau classement pour les combinaisons, et trouver des dénominations pour ces dernières. Derrière cette création, se trouvent des calculs de probabilité complexes, car il est nécessaire d’ajuster les règles du jeu en gardant des probabilités de gain raisonnables par rapport au montant investi.
S’il joue au poker depuis l’âge de 12 ans, M. Tuéni estime que l’idée du poker de deuxième dimension est née trois ans plus tôt, alors qu’il s’amusait à suivre les tables de poker dans les films de western, et qu’il trichait en ajoutant une carte supplémentaire dans sa main. Aujourd’hui, ce rêve d’enfant pourrait bien changer la face du poker. Il y a quelques mois, Naji Tuéni est entré en contact avec la Fédération internationale de poker, demandant que son jeu soit homologué, vérifié et promu internationalement. Actuellement, il est testé par la fédération, après avoir été mis à l’épreuve par le créateur. « Il y a quelques semaines, j’ai réuni huit joueurs expérimentés autour de ma table de poker pour tester le jeu, raconte M. Tuéni. Même si le jeu leur a paru difficile au premier abord, ils y ont trouvé beaucoup de plaisir. Une semaine plus tard, un tournoi réunissant 40 joueurs a eu lieu, et la majorité s’est déclarée favorable à ce nouveau jeu à l’issue du tournoi. »
Un jeu où le bluff est plus facile, mais où il faut être assez bon au poker traditionnel pour pouvoir s’y adapter. En rendant plus difficile le jeu, Naji Tuéni espère développer les prouesses des joueurs. En effet, le poker reste pour lui un vrai sport cérébral, autour duquel il a élaboré une vraie philosophie.
« Je joue au poker pour m’amuser et non pas pour gagner, raconte-t-il. Même si mes calculs lors du jeu n’aboutissent pas, j’aurais au moins eu le plaisir de jouer, et ce plaisir, contrairement au sentiment de gain et de perte, est infini. » Détruire les préjugés contre le poker et les présomptions assimilant le poker aux jeux du hasard est un but auquel aspire le créateur. « Le public a découvert le poker grâce aux films de western, où l’on joue dans des saloons et des endroits mal famés, déplore-t-il. Cela a créé des préjugés défavorables. Mais le poker est un jeu d’esprit avant tout et un sport cérébral, tout comme le bridge, qui peut renforcer le travail de mémoire et aider, comme l’affirment plusieurs études, à retarder la vieillesse et à activer les neurones. Les accros aux jeux du hasard ne sont pas des joueurs de poker, mais des gens qui utilisent le poker comme véhicule pour satisfaire leur addiction. Il n’est pas nécessaire de jouer au poker en misant son argent. Comme tout sport, on peut organiser des championnats et décerner des titres honorifiques ou des prix de valeur aux vainqueurs. »
Et Naji Tuéni de conclure : « Le but ultime serait de créer une fédération de poker au Liban pour développer le jeu comme il se doit à travers des clubs ou des tournois. J’espère que des Libanais passionnés de poker et intéressés par un tel projet se joindront à moi pour le mettre en œuvre. »
Pour mémoire
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