Cette renonciation, le 11 février 2013, qualifiée de décision historique, a été décidée «après avoir examiné ma conscience devant Dieu».
Le monde, surpris et choqué par cette décision, salue le pape pour «ce geste de courage» et «d’humilité», et exprime «son respect» pour sa décision exceptionnelle et responsable. Mais la grande question demeure posée, partout dans le monde, et surtout chez les catholiques, au sein de l’Église et au fond de la conscience des croyants: pourquoi Benoît XVI a-t-il renoncé?
L’analyse géopolitique du pontificat de Benoît XVI dévoile les grands traits des motivations d’une telle décision : c’est avant tout, et après tout, un acte de courage moral, un acte de rationalité à quatre dimensions:
1.- Une dimension physique, liée à son âge avancé (85 ans): «Il sentait le poids de l’âge», d’après son frère aîné Georges. D’ailleurs, il prévoyait «cet affaiblissement des forces physiques», même avant son élection. Il savait qu’il lui fallait «la vigueur du corps et de l’esprit pour gouverner la barque de saint Pierre».
2.- Une dimension historique. En 2010, le journaliste allemand Peter Seewald pose à l’éminent prélat cette question: «On peut donc imaginer une situation dans laquelle vous jugeriez opportun un retrait du pape?»
Réponse: «Oui. Quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement et spirituellement, il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer.» (Benoît XVI: Lumière du monde, Bayard, 2011, p. 51).
3.- Une dimension morale: dès le premier jour de son pontificat, Benoît XVI déclare: «J’étais persuadé qu’il y en avait de meilleurs et de plus jeunes (que moi).» Il se considère, après le grand pape Jean-Paul II, comme «un simple et humble ouvrier de la vigne du Seigneur... et pas comme un homme fait pour être le premier». (op. cit., p. 101, 102, 103). Le grand prestige qui compte pour lui, c’est le prestige intellectuel de la vérité, de la foi, de la raison et de la vie dont la synthèse est à la base de la mondialité du christianisme.
4.- Une dimension théologique: elle est liée à sa vision de l’Église selon Vatican II. Elle n’est pas l’Église-autorité, mais l’Église-communauté et rationalité. «Vatican II nous a enseigné avec raison que la collégialité est constitutive de la structure de l’Église». Pour lui, «sans cesse, l’Église, l’individu ont besoin de purification. Ce qui est devenu trop grand doit être de nouveau rappelé à la simplicité et à la pauvreté du Seigneur». (op.cit., p. 102 et 109)
Dans ce cadre, le pape vient d’appeler à un vrai renouveau de l’Église, passant par une pleine mise en œuvre du Concile Vatican II.
En résumé, Joseph Ratzinger maintient ses idées rationnelles. Il brise le tabou, la tradition centenaire, dépasse la gloire «humaine du pouvoir et du charisme» pour sauver la «gloire» divine. Il renonce à l’Église-autorité pour consolider l’Église-rationalité, et par conséquent, à réconcilier l’Église catholique avec elle-même. C’est une grande leçon pour tout le monde, et surtout pour quelques responsables de l’Église, chez nous, ailleurs et à l’intérieur même de la curie romaine! Le message est clair: l’Église n’est pas un exploit... C’est avant tout une responsabilité divine, un point de rencontre de la foi et de la raison au service de la vérité; la vérité sur la création, sur l’existence humaine et sur notre espérance. C’est une institution baptisée par le Christ pour être le garant et la sauvegarde de la dignité humaine, seul pivot de la morale chrétienne.
Dr Nabil KHALIFÉ
Géopoliticien

