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Nos lecteurs ont la parole

Les quatre points d’interrogation d’un imbécile

Louis INGEA
Les lignes qui suivent sont, de toute évidence, illusoires. Tout juste bonnes à dérider nos faces, depuis longtemps navrées. Sauf que la naïveté humaine, composante innée de notre existence, nous incite en permanence au survol de nos misères, à la recherche inlassable du mieux-être et à l’idéalisation... Au rêve, en somme !
Face aux inepties, aux gueules de bois, à la corruption généralisée des esprits, il m’arrive donc de rêver. Comme Gérard Lenormand lorsqu’il chanta Si j’étais président... ! Ah ! si j’étais vraiment président, ne serait-ce que pour un seul jour, mais président tout de même et tout-puissant ! Dépouillé de mes ministres et des faux-semblants que m’impose la charge. Un être humain à la conscience libérée, lucide, généreuse.
Il me suffirait de la première et unique nuit d’état de grâce pour mettre en marche un volumineux train de décrets-lois, applicables sans retour et que ma logique personnelle, quoique légèrement innocente, me dicterait. Au moins l’intention y serait pure. Le pragmatisme aussi.
Je commencerais donc par la grande chose, le « to be or not to be » du peuple libanais : déclarer et confirmer solennellement la neutralité politique définitive du Liban, par-delà les critères internationaux, allant même plus loin que la Suisse ou l’Autriche. Proclamer devant qui refuse d’entendre que, s’il nous faut respecter, humainement parlant, et nos voisins régionaux et nos faux bons amis de par le monde, il faut surtout s’en méfier au plus haut point... en tout bien, tout honneur. Ce qui permettra automatiquement la suppression pure et simple de ce ministère aussi lamentable que devenu inutile, d’Affaires qui nous ont toujours été parfaitement étrangères.
Je m’attaquerais en deuxième position au ministère-clé du Tourisme, unique ressource économique plausible pour un pays lilliputien qui n’a rien de créatif à offrir. Je m’y attaquerais, non pour le supprimer, mais bien plutôt pour le gonfler prodigieusement jusqu’à en faire le superministère auquel obéiraient tous les offices publics de l’État. Hôtellerie et restauration, architecture urbaine et paysages, festivités et programmes télévisuels y seraient inclus sous toutes leurs facettes. Ce qui implique l’éducation civique aussi bien que les travaux publics ou même la santé. De quoi justifier, s’il en était besoin, combien serait nécessaire pour ce pays la position prioritaire d’un tel ministère.
Je me pencherais, en troisième lieu, sur la culture ( j’ai failli écrire inculture) et les comportements sociaux. Un domaine monumental en déconfiture avancée. Y contribuent fortement, nous le savons, l’esprit de clan et la roublardise inscrite dans nos gênes, ainsi que les lacunes du système religieux qui se condense hélas ! dans les dogmes et les rituels. Absence de civisme, refus de toute autorité administrative. Là, le mal est si enraciné qu’il faudrait des siècles d’efforts pour l’extirper.
Voilà pourquoi il y a urgence à prendre le taureau par les cornes et procéder sans ménagement à coups d’interdits financièrement punissables. À commencer par la circulation sur les routes, avec les gros porteurs de tous modèles et les petits monstres à quatre roues motrices qui alimentent les fantasmes de nos frêles compagnes. Sans oublier les stationnements provisoires par confort personnel, les rues des localités transformées en parkings, les rangées anachroniques de panneaux publicitaires, les étalages de fruits en bordure des virages, les devantures de boulangeries rassembleuses de chaos, et j’en passe. Pour abondance d’exemples et exiguïté d’espace écrit.
Afin d’assurer pareilles réformes, faire chiffrer au centuple de leurs montants actuels les contraventions pour infractions. Quitte à voir se dégonfler rapidement, une fois la leçon éprouvée, les caisses d’un Trésor public plombé dans un premier temps par des rentrées démultipliées. Ajoutons-y toutefois une campagne disciplinaire tous azimuts qui viendrait soutenir quotidiennement la démarche en question, à travers les chaînes du petit écran.
La justice sociale serait le quatrième point d’orgue de mon rêve.
Nous y retrouvons, pêle-mêle, le problème des journaliers et des employés, des contractuels et des enseignants, de la Sécurité sociale et des retraites. Et puis les lois, sur les loyers, sur le droit des femmes, sur la naturalisation, les réfugiés. Sans oublier les programmes de l’enseignement scolaire public et privé, la loi électorale, le vote à dix-huit ans et le mariage civil, ainsi que les prisons, ces cages à rats, insalubres et pourries.
Reste le point le plus culminant du service social : l’énergie électrique, l’eau, les carburants. Ouf ! la liste n’en est même pas exhaustive.
Mais la clé de l’énigme ne peut être qu’entre les mains d’un fou qui pourrait en user suivant la seule règle possible, celle du bon sens. Oui, le bon sens d’un fou qui serait, comme moi, pour une fois, président.
À ce qui peut paraître inconcevable, il y a, de par le monde, des agences d’études à la pelle. Le tout étant de les repérer, et de signer d’un trait de plume rageur les décrets-lois qui concrétisent leurs conclusions.
On m’avait raconté que lorsque le bon Dieu créa notre planète et en arriva au Liban pour en préciser les attributs, Il lui avait choisi une mer radieuse, un soleil resplendissant, une géographie de dessins animés et un climat de rêve. En écho à ceux qui protestèrent alors de tant de complaisance, Il avait répondu non sans ironie : « Ne soyez pas jaloux. Je vais y mettre les Libanais. »
À ces derniers donc, d’ordinaire si fanfarons et si présomptueux, de Lui prouver dorénavant qu’Il avait eu tort d’ironiser.

Louis INGEA
Les lignes qui suivent sont, de toute évidence, illusoires. Tout juste bonnes à dérider nos faces, depuis longtemps navrées. Sauf que la naïveté humaine, composante innée de notre existence, nous incite en permanence au survol de nos misères, à la recherche inlassable du mieux-être et à l’idéalisation... Au rêve, en somme ! Face aux inepties, aux gueules de bois, à la corruption généralisée des esprits, il m’arrive donc de rêver. Comme Gérard Lenormand lorsqu’il chanta Si j’étais président... ! Ah ! si j’étais vraiment président, ne serait-ce que pour un seul jour, mais président tout de même et tout-puissant ! Dépouillé de mes ministres et des faux-semblants que m’impose la charge. Un être humain à la conscience libérée, lucide, généreuse.Il me suffirait de la première et unique nuit...
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