En matière de courage, la crosse du prélat ne le cède en rien, souvent, au sabre du guerrier. Infatigable battant bien que miné par la maladie, le pape Jean-Paul II est demeuré, jusqu’à son dernier souffle, à la tête de l’Église catholique. Non moins admirable cependant est le geste de Benoît XVI qui, sentant ses forces l’abandonner, vient de renoncer au trône de saint Pierre, laissant à un pasteur plus vigoureux la charge d’un milliard et quart de fidèles de par le monde.
Magnifique mot, que celui de pasteur ! Il mène son troupeau d’une main sûre, veillant à son bien-être et à sa sécurité. En religion comme dans la vie des nations il lui faut, se guidant sur les traîtreuses étoiles de la realpolitik, guider ses ouailles vers la nécessaire, l’incontournable modernité, sans jamais, pour autant, renier le dogme. Tel était bien, en quelque sorte, l’objectif déclaré de la toute récente visite pastorale du patriarche maronite en Syrie, où il a pris part à de vastes retrouvailles de la chrétienté d’Orient, à l’occasion de l’intronisation du nouveau chef de l’Église grecque-orthodoxe.
Chassez le politique au nom du pastoral, il revient pourtant au triple galop. Nul ne contestera, certes, que les chrétiens de Syrie ont le plus grand besoin en ce moment de réconfort, de témoignages de solidarité, d’encouragements à s’accrocher à leur sol. Partout où ils ont fleuri, les printemps arabes ont sécrété davantage d’extrémismes en effet que de réelle démocratie, ne rendant que plus précaire la situation des minorités. Reste à savoir si l’initiative patriarcale – déployée sous la houlette d’un régime peu recommandable qui n’avait pas attendu la guerre civile pour décliner son caractère assassin, un régime passablement menacé, de surcroît – aura vraiment pour effet de sécuriser les chrétiens de Syrie.
C’est un fait qu’en aucun cas le bref séjour du cardinal Raï, le tout premier du genre depuis l’indépendance, ne pouvait être confiné dans son cadre initialement défini, ne fut-ce que par l’exploitation intensive qui en a été faite par les autorités baassistes. Car un aussi historique voyage attendait en réalité qu’eut fini de mûrir l’histoire. Il était tenu en réserve par les maîtres successifs de Bkerké, régulièrement invités avec insistance à Damas, en attendant le jour béni où serait levée, une fois pour toutes, l’équivoque syrienne (éminemment historique, elle) sur la pérennité, la libanité du Liban : ce qui est loin d’être fait, malgré le départ forcé des troupes d’occupation et l’échange d’ambassades entre les deux pays.
Non moins sujets à polémique, au demeurant, sont les propos publics tenus à Damas par le chef de la hiérarchie maronite. Le patriarche a appelé à l’arrêt des tueries et des destructions, de quelque côté qu’elles proviennent, comme à l’ouverture d’un dialogue entre les protagonistes du conflit. Mais il a cru bon d’affirmer aussi que liberté, démocratie et droits de l’homme ne valaient pas une seule goutte de sang versé. Si ces mots ne ressemblent pas à un plaidoyer pour la persistance d’un pouvoir sanguinairement réfractaire à tout ce qui précède, alors il faudrait qu’on nous explique.
Pas plus versé que vous en théologie, je croyais candidement que le Christ était lui-même, à sa divine manière, un révolutionnaire d’exception et qu’il n’a certes pas été avare de son sang. Une fois de plus, de grâce, qu’on nous explique !
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Magnifique mot, que celui de pasteur ! Il mène son troupeau d’une main sûre, veillant à son bien-être et à sa sécurité. En religion comme dans la vie des nations il lui faut, se guidant sur les traîtreuses étoiles de la realpolitik, guider ses ouailles vers la nécessaire, l’incontournable modernité, sans jamais, pour autant,...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef