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Culture - Spectacle

Une « Carmen » parascolaire, mais toujours libre et rebelle...

Pour la seconde production de l’art lyrique du Conservatoire national supérieur de musique, le choix est tombé sur « Carmen » de Bizet. Une des œuvres les plus jouées au monde.

Le monde bariolé de Carmen.

Avec des moyens de bord, une direction orchestrale sans nerf, des costumes au goût contestable, un casting vocal hasardeux et des chœurs réduits à leur plus simple expression, les chances de réussir sont bien minces, à part l’effort de présenter un travail opératique local, du reste fort louable.
Une ruée, dès les entrées des parkings de la NDU, à Zouk Mosbeh. Les portes du Théâtre Bechara el-Rahi sont littéralement prises d’assaut pour une salle déjà comble jusqu’au dernier siège. Sans parler des grappes humaines, debout ou assises sur les marches des escaliers, dans les allées, les loges, les baignoires et le poulailler... Ruée compréhensible, car pour les plus de cent figurants et artistes en herbe sur scène, entre parents, amis, sympathisants et professeurs, le nombre est déjà assez substantiel. Et cela sans compter les invitations lancées un peu tous azimuts pour une salle de dimension finalement modeste...
Sur scène, devant un public qui piaffe d’impatience et de curiosité, la sulfureuse «Carmen» de Bizet va chanter ses amours tragiques. Dans la fosse, pour l’ouverture d’un prélude dont les motifs ponctueront l’action le long du spectacle (un peu dans une version ici abrégée), l’Orchestre philharmonique libanais est sous la baguette de Maroun el-Rahi. Début terne avec un clairon au son mal assuré, pour une direction qui aura du mal à concilier toutes les nuances de l’harmonie du chant et des houles orchestrales.
Dans un décor crépusculaire, aux détails en plaques et cubes de bois amovibles, entre nefs d’église, plaques funéraires et moucharabiehs vaguement andalous ou sévillans, émerge le chœur des gamins... Et s’enclenche une histoire qui a fait le tour de tous les horizons du monde. Carmen, une bohémienne et cigarière rebelle (surtout aux intermittences du cœur), prend dans ses filets un naïf brigadier timoré entre sa sage relation avec une fiancée (aux antipodes de Carmen) et sa dévotion à sa mère. Vite lassée de cet amant soumis et jouet de ses désirs, Carmen le plaque et se tourne vers le fringant matador Escamillo. Furieux de dépit et dévoré par sa passion, le militaire éconduit la larde d’un coup de poignard.
Sur ce canevas dramatique et passionnel, Bizet a composé une musique sublime, colorée, ensoleillée, on serait tenté de dire d’une déroutante frivolité.
Pour faire vivre ce monde sensuel, libre et mêlé aux effusions du sang, Carmen (Tara Maalouf) a ici des délicatesses d’une Cléopâtre dédaigneuse. Figée dans une attitude cambrée, mains sur les hanches, avec un tic, celui de rejeter ses cheveux lisses en arrière, elle donne bien peu l’ambiguïté et la complexité d’un personnage hors norme. Vocalement, pour une tessiture aux facettes amples, les plus belles arias sont interprétées dans un timbre bas et une voix sans couleurs ni paillettes.
À côté d’elle un Don José (Marc Reaïdy) d’une affligeante maladresse scénique et vocale. Bedonnant et à la démarche lourde, il campe un brigadier balourd, au regard incertain tout comme sa voix qui déraille totalement dans les pics élevés.
Heureux moment avec Escamillo qui jette un rai de lumière avec son accroche-cœur, sa prestance (malgré sa corpulence) et ses embardées vocales d’un baryton puissant et sûr de sa prestation. Micaella reste à l’ombre et sa prière n’est que lenteur et vacillement.
Les danseurs, surtout côté hommes, qui meublent les tableaux entre deux arias, auraient gagné à être moins ventrus. Et ce chœur de jeunes, touchant par son aspect d’enfants heureux d’être sous les feux de la rampe, mais qui écorche la partition de Bizet. Sans nul doute par manque de répétitions.
Pour les costumes, aux couleurs sombres, de bric et de broc, sans élégance, même les tulles, les mousselines, les gazes et les brocards de Carmen ne se marient guère aux uniformes de brigadier aux tons bordeaux.
Pour une production quand même énorme, qui brasse sur l’aire scénique presque une centaine de personnes (huit protagonistes, des danseurs et danseuses, des membres des chœurs de l’Université antonine, du Conservatoire et les enfants de Notre-Dame de Louaizé), on salue l’effort fourni. Autant du côté des artistes en herbe que des organisateurs, et la volonté tenace de tous de doter le Liban d’une production d’art lyrique.
Ce qui est loin d’être une mince affaire et surtout loin d’être abordé en toute impunité. Car l’art lyrique est un art difficile et supérieur. Jusqu’à présent, cela reste du niveau de l’amateurisme. Et cette aventure, qui a tout d’une entreprise parascolaire, reste encore du domaine d’un certain tâtonnement pour se (re)trouver...
Avec des moyens de bord, une direction orchestrale sans nerf, des costumes au goût contestable, un casting vocal hasardeux et des chœurs réduits à leur plus simple expression, les chances de réussir sont bien minces, à part l’effort de présenter un travail opératique local, du reste fort louable.Une ruée, dès les entrées des parkings de la NDU, à Zouk Mosbeh. Les portes du Théâtre Bechara el-Rahi sont littéralement prises d’assaut pour une salle déjà comble jusqu’au dernier siège. Sans parler des grappes humaines, debout ou assises sur les marches des escaliers, dans les allées, les loges, les baignoires et le poulailler... Ruée compréhensible, car pour les plus de cent figurants et artistes en herbe sur scène, entre parents, amis, sympathisants et professeurs, le nombre est déjà assez substantiel. Et cela...
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