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Benoît XVI, le pape théologien confronté aux scandales de l'Eglise

Portrait Joseph Ratzinger a succédé à Jean-Paul II le 19 avril 2005, à 78 ans.
OLJ/AFP
11/02/2013

Benoît XVI, qui a annoncé lundi sa démission, un événement qui ne connait qu'un précédent dans toute l'histoire de l’Église, va laisser le souvenir d'un pape théologien réservé et rigoureux, soucieux de clarifier le message de la foi catholique et déterminé face à des divisions et des scandales sans précédent.

 

Cet intellectuel bavarois, arrivé sur le trône de Pierre avec une réputation de conservateur intransigeant qu'il saura atténuer au fil des ans, a eu à gérer la plus forte crise de l’Église contemporaine : celle des révélations en cascade d'abus sexuels commis sur des enfants par des membres pédophiles du clergé, aggravés par l'"omerta" de la hiérarchie. Affirmant que "la plus grande persécution" de l’Église vient d'elle-même à travers ses propres péchés, il demandera "pardon" aux victimes en juin 2010, et prônera la tolérance zéro.

 

En 2012, il est confronté à l'intérieur du Vatican à un scandale de fuites de documents confidentiels, qui verra l'arrestation de son propre majordome, Paolo Gabriele : un symptôme des mécontentements et des divisions dans la Curie. Joseph Ratzinger, qui a succédé à Jean-Paul II le 19 avril 2005, à 78 ans, a marqué son pontificat par la défense des valeurs chrétiennes de l'Europe, créant un dicastère pour la "nouvelle évangélisation" des sociétés déchristianisées.

 

Il a analysé les tourments d'une société "liquide" ayant perdu ses repères, et estimé qu'un christianisme revenu à l'essentiel pouvait encore séduire les jeunes générations. Il pense que la vieille Europe peut se faire ré-évangéliser par la ferveur et le courage des nouvelles Églises du sud. Il aura, dans des centaines de discours, tenté d'expliquer la "beauté" du message chrétien, qui ne doit pas s'adapter aux idées à la mode. De quoi faire dire à ses détracteurs qu'il vit dans une bulle.

 

De tempérament solitaire, timide même dans ses gestes, il a moins voyagé et s'est moins imposé médiatiquement que Jean Paul II. Il a défendu la famille traditionnelle, et est resté sur la ligne constante de l’Église hostile à l'avortement et l'euthanasie. Mais il a fait sensation en novembre 2010 en admettant, dans un livre d'entretiens

 

"Lumière du monde", l'usage du préservatif "dans certains cas" pour éviter des risques de contamination.

Cette ouverture compensait une phrase qui lui fut reprochée, quand, en 2009, il avait affirmé que la distribution de préservatifs "aggrave" le problème du sida. Il n'a concédé aucune réforme sur le célibat des prêtres ou l'ordination des femmes, n'aura pas non plus réformé la Curie, décevant beaucoup d'attentes.

 

Obsédé par l'unité de l’Église et partisan d'une liturgie soignée, il aura aussi fait de nombreux pas, non payés de retour, vers les traditionalistes intégristes. Il précisera sa position sur l'application du Concile Vatican II (1962/65) que ceux-ci réprouvent: tout le Concile, rien que le Concile, les textes adoptés par les pères conciliaires devant être les seuls critères pour des réformes. Une manière pour cet ancien gardien sourcilleux du dogme de recadrer ceux qui pensaient que le Concile avait été une révolution rompant avec la tradition.

 

Sous son pontificat, les finances du Vatican sont assainies et les critères de nominations des évêques plus exigeants.

Né le 16 avril 1927 à Marktl-am-Inn en Bavière, ce fils de gendarme, d'une famille catholique traditionnelle anti-nazie, entre au petit séminaire en 1939. Il sera inscrit aux Jeunesses Hitlériennes, enrôlement devenu obligatoire.

Le pape a dénoncé "l'inhumanité" du régime nazi.

En 1951, il est ordonné prêtre. Il enseigne la théologie à Freising, Bonn, Münster et Ratisbonne.

Il vit comme jeune "conseiller" l'aventure de Vatican II, et fait partie des théologiens partisans de l'ouverture. Mais, en 1968, il est choqué par les répercussions de mai 1968, y compris sur l’Église. Et prend un tournant plus conservateur.

Lors du conclave de 1978, il fait plus ample connaissance avec un certain Karol Wojtyla.

 

En 1981, ce dernier le nomme à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il participera à la remise au pas par Jean-Paul II des théologiens de la libération en Amérique Latine et de ceux qui recherchent une synthèse entre idées modernes et doctrine ancienne.

 

Son règne aura connu plusieurs polémiques. La première en 2006 l'a opposé au monde musulman quand il avait dénoncé la violence au nom de la religion, dans une allusion indirecte à l'islam.

La seconde a été déclenchée fin janvier 2009 par sa décision de lever l'excommunication de quatre évêques intégristes dont un négationniste, Richard Williamson. Le pape, se disant mal informé, avait reconnu une erreur.

 

Benoît XVI a dit son admiration pour le peuple de la Torah et poursuivi les gestes de Jean-Paul II en sa direction.

Amateur de musique classique, pianiste, il est un auteur prolixe : trois encycliques et une quarantaine d'ouvrages dont une somme très personnelle, "Jésus de Nazareth" sur la figure de Jésus.

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