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Le « Beyrouth » de Barrack Rima, entre fantasmes et désillusions

Rencontre Bédéiste et réalisateur libanais, installé depuis 20 ans à Bruxelles, Barrack Rima entretient avec Beyrouth une relation contrastée faite de fantasmes, d’attachement et de désillusions.
08/02/2013

Né à Tripoli en 1972, Barrack Rima a longtemps rêvé de Beyrouth. «Je la voyais comme une cité cosmopolite, moderne, ouverte, libre, contestataire et intéressante de par son héritage culturel mêlé à sa mémoire de guerre.» C’est ce Beyrouth-là qu’il tente de portraiturer dans une BD éponyme, qu’il publie en 1995 pour son projet de fin d’études en illustration à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles. Quelques planches en noir et blanc qui dépeignent par saynètes certaines facettes de cette ville, où il n’avait encore jamais vécu mais dont il avait sillonné les rues en visiteur enthousiaste lors de ses brefs passages. Et qui forment ce mince album, à la couverture sérigraphiée, qui vient d’être réédité en série limitée par Toni Sfeir et Karma Tohmé de Plan Bey. Un ouvrage de jeunesse, certes, mais qui déterminera sa méthode de dessinateur. Car, depuis ce premier opus, «élaboré un peu comme un carnet de croquis, sans scénario préalable, au moyen d’une alternance de dessins pris sur le vif et de textes improvisés», Barrack Rima a gardé cette même écriture graphique directe, ce mélange de documentaire et de fiction qui font sa signature de bédéiste.

« L’exil est un refuge »
En 2005, après 14 années passées à Bruxelles, au cours desquelles il aura étudié l’illustration et la bande dessinée puis la réalisation, se sera essayé au théâtre et à la radio, aura réalisé des films documentaires et signé pour la presse des strips hebdomadaires en néerlandais, il retourne au Liban pour raisons familiales. Et toujours aussi fasciné par sa capitale, il décide de s’y installer. «Beyrouth était pour moi le lieu de tous les espoirs, de tous les possibles, je voulais absolument y vivre. Mais voilà qu’au frottement de sa réalité, mon fantasme s’est complètement écroulé. J’ai découvert ses autres facettes: sa violence, son tumulte, son vacarme, sa pollution, l’agressivité de son paysage, de ses rues, de ses chauffards... et son manque de clémence vis-à-vis des nouveaux arrivants, car c’est une ville de cercles fermés», dit-il sans aucun euphémisme. Barrack replie bagages et retourne à Bruxelles. Mais désormais le virus de Beyrouth est en lui. Une ville non plus idéalisée, mais abordée avec une sorte de curiosité apaisée et vers laquelle il revient plusieurs fois par an pour y animer des ateliers de BD et d’illustration. À l’instar de celui qu’il vient de donner à «The Mansion» à l’invitation de Samandal et de la Fondation arabe pour l’image.


Des allers-retours fréquents qui nourrissent le travail de cet artiste pour qui désormais «l’exil est un refuge», mais aussi l’un des thèmes récurrents de son œuvre. Que l’on retrouve, notamment, dans La Terre de 48, un documentaire qu’il a réalisé sur les réfugiés palestiniens, qui a été diffusé, entre autres, sur al-Arabiya et une chaîne marocaine, et qui a été récompensé du Prix de la première œuvre du Festival indépendant de Bruxelles en 2003. Une thématique qu’il avait aussi abordée par le biais de la fiction dans Souvenirs de Beyrouth, film de 12 mn réalisé en 1999 en projet de fin d’études de cinéma, qui lui avait, aussi, valu le Prix du Festival du court-métrage de
Charlebois.


L’exil, les villes et depuis peu l’autofiction... Barrack Rima promène sa caméra ou ses crayons et carnets au gré de ses flâneries, de ses coups de cœur et de ses impressions personnelles. Dans Le Conteur du Caire, un album inspiré de sa rencontre avec Youssef Chahine et de sa découverte d’Alexandrie et du Caire, il avait fait de ces deux cités la matière principale de son récit. Idem pour les strips qu’il a signés durant cinq ans dans le journal Brussel Deze Week dont Bruxelles était le personnage principal.


Et voilà que, depuis 2 ans, changement de cap. Barrack Rima met en cases, planches et bulles son propre personnage et ses propres rêves dans une œuvre en cours, écrite cette fois en arabe et intitulée Qailulet Qabl el-Zohr («La Sieste du matin») dont il publie régulièrement des épisodes dans la revue Samandal. «C’est une BD qui, à l’origine, est née d’un travail thérapeutique d’interprétation de mes rêves, dévoile le dessinateur. Un dialogue avec mon inconscient que j’ai voulu transposer dans mon travail et qui m’a amené à ne plus me cacher dans mes dessins, à ne plus cacher mes sentiments et mes désirs... Même si je répète souvent que le narrateur n’est pas l’auteur.»

 

Toujours ce mélange de fiction et de réel... Un univers tout en contrastes auquel vous pouvez avoir accès sur Barrackrimaa.blogspot.com

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