Le président de la Chambre, Nabih Berry, dans l'hémicycle, le 17 décembre 2025. Photo Hassan Ibrahim/Parlement libanais
Le président du Parlement Nabih Berry s’est dit vendredi « pess-optimiste », soit mi-optimiste, mi-pessimiste, dans un jeu de mots en arabe, au sujet des négociations directes entre le Liban et Israël sur un cessez-le-feu arrivant prochainement à expiration, tenues la veille à Washington, affirmant qu’il ne s’exprimerait pas davantage « pour l’instant » mais qu’il aurait « des choses à dire lorsque le tout sera terminé. »
Dans un entretien au quotidien Al-Akhbar, proche du Hezbollah, le chef du mouvement chiite Amal, allié au parti-milice, a réaffirmé sa préférence pour « des négociations indirectes afin de parvenir d’abord à un véritable accord de cessez-le-feu », s’interrogeant : « Y a-t-il actuellement un cessez-le-feu ? », tout en soulignant que « l’ennemi n’a respecté aucun accord depuis octobre 2024 ». Évoquant ses attentes concernant les négociations en cours à Washington, Nabih Berry s’est dit « pess-optimiste », ajoutant : « Je ne suis pas favorable aux négociations directes, mais je ne parlerai pas pour l’instant, et j’aurai des choses à dire lorsque tout sera terminé. » Il a enfin insisté sur le fait que tout accord devait bénéficier d’« une couverture de garanties saoudiennes, iraniennes et américaines ».
Ces déclarations interviennent à quelques jours de l’expiration de la prolongation de la trêve en vigueur depuis le 17 avril, dans un contexte marqué par la poursuite des frappes israéliennes meurtrières au Liban et des attaques revendiquées par le Hezbollah, alors que les troupes israéliennes au sol effectuent des avancées inédites au Liban-Sud où elles imposent une « zone tampon » sur près de 6 pour cent du territoire libanais.
Ces négociations, sous médiation américaine, ont été qualifiées vendredi de « positives » par un haut responsable du département d’État américain, qui a indiqué à l’AFP qu’ils se poursuivraient vendredi pour une deuxième journée. « Nous avons eu une journée entière de discussions productives et positives qui ont duré de 9h00 à 17h00 (16h à minuit à Beyrouth). Nous nous réjouissons de poursuivre demain et espérons pouvoir en dire davantage à ce moment-là », a également indiqué la même source. Une nouvelle journée de négociations est attendue aux mêmes horaires vendredi. Avant ce second round, M. Berry a reçu à Aïn el-Tiné le chef du gouvernement, Nawaf Salam.
De son côté, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du tandem chiite Amal-Hezbollah, a estimé qu'avec ces négociations, les autorités libanaises « mettent la souveraineté » du pays en jeu et que le Liban est dirigé « par un pouvoir fabriqué à Washington. » Selon lui, le projet américain d'imposer un plan de désarmement du Hezbollah « vise à pousser l'armée libanaise à affronter la résistance (le Hezbollah, ndlr) et la population, ce qui pourrait provoquer une explosion interne. »
Joumblatt avec des négociations mais « avec des conditions »
Dans un entretien accordé jeudi à Mediapart, le leader druze Walid Joumblatt a pour sa part dit soutenir les négociations « qu’elles soient directes ou indirectes », mais « avec des conditions ». Il a estimé qu' « il faut revenir à la ligne d’armistice de 1949, mais avec un organisme de contrôle de part et d’autre chargé de surveiller le respect de la fin des incursions et des assassinats, et avec une force internationale, dont pourraient faire partie les Français et les Italiens ». Il a ajouté que « tant que l’agression israélienne se poursuivra, avec cette ligne jaune dont on ne connaît même pas les limites, les meurtres, les assassinats, les bombardements, on ne peut pas demander à un combattant du Hezbollah de livrer ses armes. Si j’essaie de le faire, il va me dire d’aller me faire voir ! », estimant par ailleurs que « les Israéliens ont fait un mini-Gaza au Liban ».
« Pour que le Hezbollah se désarme, il faut un peu de calme. Il faut aussi, ce que le gouvernement libanais demande à chaque session de négociation, un processus de retrait des Israéliens, avec une garantie de la part des Américains », a encore affirmé l'ancien chef du Parti socialiste progressiste (PSP). « Cette garantie doit englober le renfort de l’armée libanaise et la mise en place d’une force internationale pour remplacer la Finul », les Casques bleus de l'ONU, a-t-il poursuivi.


