Rechercher
Rechercher

Effeuillage

Pitoyable, pathétique spectacle que ce strip-tease auquel se livre un État libanais implacablement, méthodiquement dépouillé de ses oripeaux.

 

La première pièce de lingerie à tomber à terre aura été la pratique démocratique. On ergote sans fin, en ce moment, sur le mode électoral idéal qui permettrait une fidèle représentation des diverses communautés à l’Assemblée nationale. À quoi bon tant de jus de crâne, pourrait-on se demander, du moment que les majorités parlementaires, quand bien même seraient-elles issues d’élections passablement libres, ont cessé de faire le poids face à l’intimidation paramilitaire et le recours à la rue. En fait, le système démocratique libanais était irrémédiablement vicié dès l’instant où une milice faisait irruption sur la scène politique et institutionnelle sans pour autant laisser ses armes au vestiaire.


Par le même et pernicieux effet de la force armée partisane, la victime suivante, la force régulière, était toute désignée. Jugée inapte à assurer toute seule la défense des frontières, l’institution militaire ne pouvait qu’être contestée aussi jusque dans ses responsabilités domestiques, à savoir le maintien de l’ordre public. Une longue suite de compromissions, prétendument dictées par la raison d’État, a fait le reste. Des officiers tentant d’endiguer une émeute ont été sanctionnés. L’exécution, au sol, d’un pilote d’hélicoptère dont l’appareil avait été abattu, est demeurée largement impunie, et il s’est même trouvé des chefs politiques, anciens militaires de surcroît, pour demander ce que l’infortuné était allé f... dans le secteur survolé !


Que la dérive milicienne ait fait tache d’huile, gagnant d’autres factions, était dans l’ordre tristement naturel des choses. Pour qu’on se décide à le constater, point n’était besoin des graves incidents survenus mercredi dernier à Ersal, où des militaires en service commandé ont été exécutés et leurs corps mutilés...


Dans cette atmosphère de déliquescence générale restait (théoriquement, du moins) le recours à une justice dont nul n’ignore pourtant la vulnérabilité aux pressions et menaces. Las, celle-ci se retrouve soudain, aujourd’hui, au centre du débat, et pas seulement pour sa lenteur à sanctionner les fabricants de faux médicaments et autres empoisonneurs, parfois très proches de ministres en exercice. Mieux encore, la justice s’est elle-même jetée dans la polémique, avec l’incroyable demande de levée de l’immunité parlementaire édictée par le procureur de la République contre le député Boutros Harb. Réchappé d’une tentative d’attentat à la bombe, celui-ci s’était publiquement plaint de la suspecte indulgence dont bénéficie le suspect pris la main dans le sac, parfaitement identifié et qui se trouve être, comme par hasard, un membre de la même, omniprésente, incontournable milice. Retour de bâton, c’est le parlementaire qui se promet maintenant de poursuivre le magistrat.


Le monde à l’envers, cela peut-il encore vous étonner ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Pitoyable, pathétique spectacle que ce strip-tease auquel se livre un État libanais implacablement, méthodiquement dépouillé de ses oripeaux.
 
La première pièce de lingerie à tomber à terre aura été la pratique démocratique. On ergote sans fin, en ce moment, sur le mode électoral idéal qui permettrait une fidèle représentation des diverses communautés à l’Assemblée nationale. À quoi bon tant de jus de crâne, pourrait-on se demander, du moment que les majorités parlementaires, quand bien même seraient-elles issues d’élections passablement libres, ont cessé de faire le poids face à l’intimidation paramilitaire et le recours à la rue. En fait, le système démocratique libanais était irrémédiablement vicié dès l’instant où une milice faisait irruption sur la scène politique et institutionnelle...