Environnement dégradé, niveau d’éducation et d’instruction en recul dramatique, niveau des services de même en raison de l’incompétence générale et d’une certaine propension au mépris d’autrui, voire au racisme, économie dans le rouge, classe politique sans vocation sociale ni ambition nationale, fortement portée sur la corruption, insécurité liée à ce qui précède et l’impéritie qui en découle, précarité liée au risque de guerre, épouvantail qui n’en finit pas de nous hanter...quoi d’autre pour noircir encore le tableau ? Les années précédentes, on comptait encore quelques clignotants éteints. En cette année qui commence, le niveau d’alerte a sûrement dépassé tous les records précédents. On se demande parfois à quoi sert le Liban, ce qu’il a à offrir au monde, ce qu’on pourrait bien faire pour inverser la vapeur.
Qu’avons-nous à proposer aux touristes avides de découvertes et de moments précieux ? Bien sûr, les boîtes de nuit et quelques plages. Rien qui ne se trouve ailleurs. Pourtant, le tourisme est la base de notre économie. Deux petites saisons, deux occasions éphémères de se redresser en montrant le meilleur de soi. On veut bien skier le jour et nager l’après-midi. On veut bien payer des tarifs injustifiés pour un moment de plaisir déjà noirci par les embouteillages, les jeux de coudes, la mauvaise éducation des employés et l’étroitesse des sites. Il faut aussi faire face à l’insécurité comme on l’a vu le week-end dernier avec la mésaventure de l’enfant resté suspendu au télésiège par ses vêtements, comme on l’a vu tant et tant de fois sur la neige comme à la plage, comme n’importe où ailleurs.
Qui se sent responsable ? Quand le mauvais exemple est donné au plus haut de l’échelle, il ne reste qu’à prier son Dieu et compter sur sa bonne étoile.
À propos de Dieu, c’est bien le seul rôle positif qu’il puisse jouer dans ce pays si fier de son étalage de religions. Sans cela, lui aussi pourrait s’ajouter à la liste des négligents, des indifférents, des fauteurs de troubles et des semeurs de zizanie. À tout prendre, et après réflexion sur l’apport de la culture libanaise à la civilisation, pourquoi ne pas créer un musée de la Discorde pour instruire le visiteur ? On y mettrait les lois stupides qui répartissent les responsabilités selon les appartenances communautaires et non les compétences. On y raconterait des histoires de quotas et de démographies trafiquées, d’élections pourries et d’allégeances à des pays étrangers. On tenterait d’y justifier le refus du mariage civil, reconnu par la loi libanaise uniquement s’il est contracté à l’étranger. Et aussi l’interdiction faite aux femmes de transmettre leur nationalité. Il serait bien pratique d’y placer aussi quelques-uns des innombrables vestiges de la guerre, cerise sur le gâteau des contrats mafieux mal honorés. Tout cela, oui tout cela au nom de Dieu, de ses préceptes mal enseignés et de ses serviteurs véreux. On dit aussi que Dieu est amour et que les religions sont écoles de respect. Cherchons l’erreur.


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