Les problèmes de ruissellement excessif (écoulement des eaux en surface) et des inondations constituent plus que 75 % des catastrophes naturelles qui frappent le Liban. Au cours des trois dernières décennies, à peu près quarante événements de ce type se sont produits, provoquant des dégâts matériels (notamment la dégradation des habitations et des ponts, les pannes d’électricité, etc.) et faisant beaucoup de victimes (plus que 550 morts au total).
Ce qui aggrave la situation, c’est l’écoulement de 17 rivières permanentes dans la région côtière libanaise, où vit plus de 70 % de la population. Les inondations se produisent en général en amont de ces cours d’eau, suite à la génération de quantités importantes de ruissellement au niveau des terres cultivées par exemple. Le nombre de personnes touchées est plus important dans les grandes villes, et la capitale Beyrouth est particulièrement vulnérable.
Face à de telles catastrophes, on se pose des questions: s’agit-il d’une simple évolution climatique ou le rôle des actions de l’homme est-il prépondérant? Ce rôle est systématiquement évoqué par la communauté scientifique comme facteur explicatif ou multiplicateur : il faciliterait une accélération des écoulements en tous points des bassins versants par des aménagements ou des pratiques néfastes, telles les constructions illégales par exemple.
Comme pour d’autres pays en développement, le Liban fait face à des difficultés en raison des nombreuses contraintes que suppose une lutte contre de tels phénomènes. Les stratégies de lutte sont basées sur une double approche (préventive et curative) et sur une évaluation des terrains vulnérables aux inondations, suite à l’application des modèles statistiques sophistiqués intégrant les techniques d’observation spatiale (images satellite). C’est dans ce cadre général que se situe l’ensemble de notre travail de recherche, qui vise une meilleure connaissance de la gestion de certains risques naturels (y compris les inondations) à l’échelle régionale méditerranéenne (le Liban inclus).
Attentes vis-à-vis de la télédétection
Il est important de connaître, à ce niveau, le potentiel des techniques d’images spatiales. Les données d’observation satellitaires peuvent constituer un support d’information non négligeable pour cartographier, suivre et prévoir l’évolution d’une situation considérée comme alarmante suite à l’aggravation des changements climatiques (aboutissant à des pluies intenses) et à la multitude des pressions sur les milieux naturels causées par l’homme (à citer : les carrières, les incendies de forêt, etc.).
Ce que beaucoup ignorent, c’est que le développement des modèles hydrologiques ou de ruissellement de nos jours par la communauté scientifique peut améliorer les moyens de lutte contre des phénomènes tels que les inondations, voire les outils de prévision. L’interaction de plusieurs facteurs – climat, morphologie du relief, propriétés des sols, conditions des zones saturées et non saturées, la réduction de la couverture végétale, pratiques humaines néfastes – est à l’origine de l’aggravation des inondations dévastatrices. En utilisant des données acquises à des dates différentes grâce au satellite français SPOT (Satellite pour l’observation de la Terre) et des techniques de SIG (Système d’informations géographiques), nous avons pu démontrer la pertinence des cartographies des surfaces affectées par le ruissellement au Liban.
Comment se prémunir contre le risque des inondations à l’échelle nationale Sous la pression croissante des inondations, il est nécessaire d’appliquer des stratégies de réduction des risques, non seulement pour mieux connaître les mécanismes de développement des crues et mieux protéger les principales agglomérations par des aménagements coûteux, mais aussi pour envisager de maîtriser les ruissellements le plus en amont possible des bassins versants. Les actions envisageables sont multiples à ce niveau : la restauration de zones humides, l’aménagement de bandes plantées, la réhabilitation des carrières, le reboisement ou l’entretien de forêts de protection, l’amélioration des capacités d’écoulement, la limitation de l’imperméabilisation des sols en milieu urbain (infiltration des eaux de toiture et de ruissellement), la création de noues et d’espaces verts (susceptibles de servir de zone tampon)...
L’État devrait, pour sa part, interdire la construction en zone inondable et imposer que les nouvelles routes et constructions soient conçues de manière à ce que les eaux pluviales soient stockées et infiltrées sur place. Il devrait appliquer, en d’autres termes, une politique environnementale, sociale et économique durable de prévention contre les inondations qui vont s’accroître à l’avenir. Les campagnes médiatiques (incluant journaux, radio et TV) peuvent jouer aussi un rôle important en accroissant la conscience du grand public, des ministères concernés, et des associations gouvernementales et non gouvernementales à propos des activités accentuant les inondations. De telles actions permettront de réduire les impacts catastrophiques de tels événements climatiques à l’échelle communautaire.
* Professeure à l’Université libanaise (UL) en télédétection et environnement, lauréate du Prix de la francophonie pour jeunes chercheurs en 2011, habilitée à diriger des recherches par l’Université Pierre et Marie Curie, Paris VI, qualifiée professeure par le ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Il ne faudrait Même Pas se Poser cette Question !
09 h 59, le 01 février 2013