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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Une proposition

« Nous devrions commencer à plancher sur la législation du contrat de mariage civil. Ce serait un pas important vers l’éradication du communautarisme et le renforcement de l’unité nationale. Qu’en pensez-vous ? » Ce message impromptu publié par le président de la République est d’autant plus inattendu que 1- la « République » est tout absorbée en ce moment à s’étriper autour d’une loi électorale plus proche du poker menteur que de la juste représentation de toutes les composantes de la nation, et 2- il n’a pas emprunté les voies classiques de la conférence de presse et des médias traditionnels, s’adressant spécifiquement aux jeunes à travers un réseau qui leur est familier. Il est surtout inhabituel, non seulement parce qu’il soulève un sujet étrangement tabou, le mariage civil, mais parce qu’il termine par une question que jamais – vraiment jamais, un homme politique n’a posée aux Libanais : « Qu’en pensez-vous ? »


À cette question « Qu’en pensez-vous ? », certains usagers de Twitter, isolés faut-il le préciser, ont répondu franchement que c’était une mauvaise idée. Un homme a dit qu’un tel contrat serait injuste, surtout pour les femmes. Une femme a souligné de même qu’elle y perdrait des droits. On peut se demander de quels droits il s’agit, le mariage civil ayant déjà été adopté par la majorité des pays démocratiques, parallèlement, pourquoi pas, à la bénédiction religieuse, sans que personne ne trouve à y redire. Avant de parler de mariage civil, une campagne d’information subtile s’impose. Par-delà la robe blanche et les grandes orgues des églises, par-delà les célébrations en grande pompe où elles signent « le livre », certaines femmes pensent à tort que le mariage religieux les met à l’abri du divorce – et donc de l’abandon, surtout financier, du mari. Par ailleurs, le mariage étant encore perçu dans une société gouvernée par la tradition comme l’étape où la sexualité peut être vécue sans culpabilité, puisque bénie par les autorités religieuses, le contrat civil est présenté par les bien pensants comme l’épouvantail qui donnera libre cours aux instincts les plus débridés. Un jeune homme m’a confié avoir eu une discussion orageuse à ce sujet avec une camarade de faculté. Il faut ajouter à cela la dictature du clergé, tant chrétien que musulman, qui fait ses choux gras des statuts personnels et contribue à ancrer chez les gens un préjugé tenace contre ce contrat diabolisé à souhait.


Il serait intéressant de se pencher sur le cas des couples qui font le voyage de Chypre, souvent avec le ban et l’arrière-ban de leurs proches, pour contracter un mariage équitable, garantissant les droits et les devoirs de chacun, et surtout permettant d’épouser un conjoint de confession différente sans que les statuts personnels des deux communautés n’entrent en conflit. Ce choix de plus en plus fréquent indique que le mariage civil va finir par s’imposer un jour ou l’autre. Ce petit pas franchi de longue date par une grande partie de l’humanité sera alors pour le Liban, paradoxalement, un pas de géant.

« Nous devrions commencer à plancher sur la législation du contrat de mariage civil. Ce serait un pas important vers l’éradication du communautarisme et le renforcement de l’unité nationale. Qu’en pensez-vous ? » Ce message impromptu publié par le président de la République est d’autant plus inattendu que 1- la « République » est tout absorbée en ce moment à s’étriper autour d’une loi électorale plus proche du poker menteur que de la juste représentation de toutes les composantes de la nation, et 2- il n’a pas emprunté les voies classiques de la conférence de presse et des médias traditionnels, s’adressant spécifiquement aux jeunes à travers un réseau qui leur est familier. Il est surtout inhabituel, non seulement parce qu’il soulève un sujet étrangement tabou, le mariage civil, mais parce...
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