On attendait Naftali Bennett, le traître qui avait servi (tièdement, il est vrai) son maître avant de faire défection. Celui qu’on présentait hier encore comme l’étoile montante dans le firmament politique a commencé par faire des millions en créant « Cyotta », une firme de software spécialisée dans la lutte contre la fraude, qu’il revend pour la modique somme de 145 millions de dollars avant de choisir alors de se consacrer à la politique, cette « danseuse » des milliardaires du XXIe siècle. Las ! Bayit Yehudi n’est arrivé que quatrième, devancé par les centristes du Yesh Atid de l’outsider Yaïr Lapid et par le Parti travailliste.
Si le chouchou des sondages a frôlé la déroute malgré sa promesse d’annexer 60 pour cent de la Cisjordanie, si « Un avenir existe » a opéré une percée remarquable, c’est bien parce que l’électorat est las des rodomontades du président du Conseil et de ses multiples allusions – par ailleurs jamais accompagnées d’une quelconque concrétisation – à la poigne. Un homme fort, une nation forte, n’a-t-il cessé de marteler, tout au long de la campagne, reprenant ainsi ses vieux slogans clichés. Le premier commentaire, celui du Haaretz, fait écho aux véritables revendications du peuple : l’isolement sur la scène internationale créé par le tandem Netanyahu-Lieberman, écrit en substance le quotidien, a inquiété l’homme de la rue, qui veut de bonnes relations avec l’Amérique de Barack Obama plutôt que des logements supplémentaires dans les points de peuplement et des menaces de guerre à l’adresse de l’Iran.
Pragmatique, opportuniste, dirait-on en langage moins châtié, « Bibi » semble avoir très vite retenu la leçon assénée par l’électorat. Il s’est engagé dès mardi soir à former le cabinet « le plus large possible ». Le vice-Premier ministre, Silvan Shalom, est allé plus loin, parlant d’ « un gouvernement d’union nationale face à la question iranienne, au printemps arabe et à l’hiver islamiste ». L’issue du scrutin augure d’un interminable maquignonnage, assorti de concessions majeures aussi bien sur la relance des négociations avec les Palestiniens, toujours hypothétiques, que sur le service militaire dont sont dispensés les religieux ultraorthodoxes, l’égalité devant la contribution fiscale et plus généralement une meilleure répartition des devoirs civiques, la cherté de vie, l’état catastrophique des services publics...
Plus que tout autre sujet, c’est le processus de paix dans la région que la nouvelle opposition place en tête de ses priorités. Yaïr Lapid, fils du fondateur de l’éphémère parti Shinouï, insiste sur ce point de son programme, « afin que nous cessions de transmettre à la prochaine génération le dossier le plus explosif de nos vies ». Amener le Shass et ses alliés ultranationalistes (un dixième de la population) à siéger aux côtés de ces laïcs, qui comptent – l’énumération de ces alliés ressemble à un inventaire à la Prévert – dans leurs rangs des militants homosexuels, des rabbins modérés, d’anciens édiles, un ex du Shin Beth et même un journaliste, ne paraît pas chose aisée, et des surprises de dernière minute ne sont pas à écarter.
En homme qui n’a pas son pareil pour saisir la balle au bond, « Bibi » a vu dans les résultats de ce 22 janvier « l’occasion d’adopter les changements réclamés par les électeurs », omettant d’évoquer la quasi-défaite qu’il vient de subir. Peut-être aussi que ce caméléon, comprenant enfin qu’il ne sert à rien non pas de faire cavalier seul mais de se battre contre l’unique allié de poids qui lui reste sur la scène internationale, comprendre les États-Unis, va saisir le prétexte Lapid pour opérer son virage. Après tout, c’est lui qui a signé les accords de Wye Plantation, lui qui a restitué aux Palestiniens 80 pour cent de Hébron, lui qui avait accepté le principe de deux États ou encore qui avait gelé la colonisation dix mois durant.
« Bibi » le menteur, dixit David Lévy et plus tard Nicolas Sarkozy, aurait mérité ainsi ce sobriquet peu flatteur. Et si, cette fois, c’était pour la bonne cause ? ...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef