Proférer des menaces de mort contre une personnalité politique, ou même contre un simple citoyen, n’est pas une peccadille. Se livrer publiquement à de telles menaces est plus grave, et le faire dans les colonnes d’un journal l’est davantage encore, car si les paroles passent, les écrits, eux, demeurent : surtout quand l’auteur de telles menaces se prévaut de la qualité de journaliste, une profession où l’on est censé peser soigneusement chaque mot que l’on couche sur le papier ou sur son écran d’ordinateur.
Fais ce que tu peux, tes jours sont comptés...
Adressé lundi au député et ancien ministre Marwan Hamadé, miraculeusement réchappé d’un attentat à la bombe en 2004, ce charmant avertissement revêt un poids particulier quand il est publié dans un quotidien notoirement proche d’une milice jouissant du monopole des armes sous couvert de résistance à Israël : une milice dont quatre responsables sont accusés par la justice internationale d’avoir pris part à l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. C’est d’ailleurs dans le cadre de sa campagne permanente contre le tribunal de La Haye que cette même feuille publiait tout dernièrement, en deux temps, la liste des témoins à charge entendus par le juge d’instruction, assortie de leurs portrait, profession et lieu de résidence. Difficile de faire mieux comme moyen d’intimidation, même dans les plus débridés des polars.
À cette atteinte portée au secret entourant l’identité des témoins, lequel est le garant de leur sécurité physique, l’instance juridique internationale a répondu en en menaçant les auteurs d’éventuelles poursuites. Ces dignes confrères n’en perdront sans doute pas le sommeil, pas plus qu’ils ne rougiront au blâme que leur a asséné le président de l’ordre de la presse. La raison de tant de désinvolture est toute simple : elle tient à la longue tradition d’impunité qui fait la honte et le malheur de notre pays.
Sous l’occupation syrienne on pouvait, sans autre forme de procès, c’est bien le cas de le déplorer, abattre tout à la fois quatre juges alors même qu’ils siégeaient au tribunal. Les Syriens partis, ce sont d’autres forces qui intimident, effraient, paralysent une justice libanaise depuis longtemps privée de sa seule protection, celle qu’est supposé lui assurer l’État. Voilà pourquoi a dû s’imposer au bon sens un Tribunal spécial pour le Liban ; voilà pourquoi aussi il est illusoire d’ergoter sans fin sur des questions telles que la refonte du système électoral, comme c’est le cas en ce moment, aussi longtemps qu’un mécanisme sérieux de dissuasion ou de sanction face à la violence politique n’a pas vu le jour.
L’affaire Hamadé n’a pas fait tilt au parquet. Quant au ministre de la Justice, il a vraiment trop à faire avec l’examen de ce vieux projet d’institution du mariage civil que vient de dépoussiérer le président Michel Sleiman, et qui est sans doute promis à deux nouvelles décennies de tiroir.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Fais ce que tu peux, tes jours sont comptés...
Adressé lundi au député et ancien ministre Marwan Hamadé, miraculeusement réchappé d’un attentat à la bombe en 2004, ce charmant avertissement revêt un poids particulier quand il est publié dans un quotidien notoirement proche d’une milice...


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