Des massacres chaque jour plus effroyables en Syrie, une opération antiterroriste qui se solde par une hécatombe en Algérie : du Levant au Maghreb, ce sont des temps bien cruels que vit en ce moment le monde arabe. En dépit d’apparentes similitudes cependant, ce n’est guère le même combat, loin de là, que mènent implacablement les deux pouvoirs en place à Damas et Alger.
Terre gorgée de sang, l’Algérie n’est certes pas un modèle de démocratie. La guerre de libération, qui fut aussi celle du million de martyrs, y déboucha sur une succession de gouvernements autoritaires : et c’est dans ce même pays que les excès meurtriers des organisations islamistes, étalés sur deux décennies, ont atteint des sommets d’horreur. C’est dire que la prise d’otages sur le site gazier d’In Amenas ne laissait d’autre choix aux autorités locales qu’un assaut en règle, au risque d’indisposer ou même d’irriter les puissances occidentales davantage soucieuses, elles, de la sauvegarde de la vie des otages. Seule la France, militairement engagée au Mali et désespérément en quête d’alliés prêts à se mouiller à leur tour, aura fait preuve de compréhension pour les méthodes musclées – expéditives, diront certains – des généraux du président Bouteflika.
C’est avant tout pour sa propre survie que se bat, quant à lui, le régime de Bachar el-Assad. Et si dans les rangs de ses adversaires on compte effectivement de très agissants groupements islamistes adeptes des attentats-suicide et autres abominations, ce régime fait lestement l’impasse sur toutes les autres franges de la société syrienne entrées en révolte contre la meurtrière tyrannie du parti Baas. Intellectuels, démocrates, militants des droits de l’homme et même simples citoyens coupables seulement d’aspirer à quelque changement, tous ceux-là sont pêle-mêle assimilés aux bandes armées acharnées, selon la terminologie officielle, à détruire ce bastion de l’arabisme, cet idyllique havre de stabilité qu’était la Syrie des Assad.
Mieux encore, c’est méthodiquement, de manière mûrement réfléchie et sans le moindre embarras ou état d’âme que le pouvoir syrien a, dès le premier instant de la révolte, inversé les rôles, se montrant encore plus expert et plus impitoyable que ses ennemis dans l’exercice d’une violence par définition aveugle, puisqu’elle fauche bien davantage de civils innocents que de combattants. Tanks, avions et artillerie lourde se sont ainsi joints aux égorgeurs professionnels pour tuer en masse, sans discrimination, mais aussi pour intimider, pour épouvanter, afin de mieux soumettre. Particulièrement éloquente est la dernière en date des tueries, survenue à Homs où des familles entières ont brûlé vives à l’intérieur de leurs habitations.
En s’armant à outrance auprès de Moscou, le président défunt Hafez el-Assad claironnait son ambition de parvenir à une parité stratégique avec Israël, tout en prenant soin de ne défier celui-ci que par Liban interposé. Ce qu’a objectivement réussi à faire son fils et successeur, c’est de disputer au même Israël le monopole du terrorisme d’État.
Issa GORAIEB
À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb
Terreur, mode d’emploi
OLJ / le 19 janvier 2013 à 00h49


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef