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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Les mauvais comptes

Singulier destin que celui de Georges Ibrahim Abdallah, maronite marxiste du Akkar converti à l’islam durant ses 28 ans de détention en France et dont la prochaine libération conditionnelle, recommandée par le tribunal d’application des peines, donne lieu, dans ce pays, à un cafouillis politico-juridique d’une rare ampleur.

 

Héros ou terroriste, militant ou assassin ? Le débat sur les crimes politiques est vieux comme le monde et il n’est pas près d’être tranché. Ses admirateurs voient en Abdallah un combattant de la liberté qui, après avoir fait ses classes dans le Parti syrien national social puis dans l’aile dure du Front populaire de libération de la Palestine, fut l’un des fondateurs des Fractions armées révolutionnaires libanaises vouées à la lutte contre l’impérialisme et le sionisme. Condamné pour complicité dans les meurtres, à Paris, de l’adjoint de l’attaché militaire américain Charles Ray et du diplomate israélien Yaacov Barsimantov, il n’a jamais voulu formuler le moindre regret. Ce n’est qu’en novembre dernier que la dernière en date de ses requêtes avait été agréée et c’est en début de semaine qu’il devait retrouver la liberté, à la faveur d’un titre d’expulsion émis entre-temps à son encontre : ce qui ne fut guère fait.


En s’abstenant de signer l’arrêt fatidique, le ministère français de l’Intérieur a maladroitement cherché peut-être à gagner du temps ; mais il n’a réussi qu’à faire d’une expiation largement consommée une cause célèbre, et de Georges Ibrahim Abdallah une victime, presque une sorte de nouveau Mandela. Pour commencer, et aux yeux du monde entier, la France ( et qui plus est la France socialiste ) apparaît étonnamment vulnérable aux pressions des États-Unis, qu’a irrités en effet la décision des juges. La vaste mobilisation en faveur du détenu, observée à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Hexagone, survient en outre au plus malencontreux des moments, celui où la France est engagée dans une intervention militaire contre les islamistes du Mali. Mais surtout, le cas Abdallah est désormais perçu, notamment par un nombre croissant d’associations de défense des droits de l’homme, comme une épreuve de force entre justice et pouvoir politique, entre légalité et raison d’État, et cela dans la patrie même des droits de l’homme. Troublantes au demeurant sont, à cet égard, les révélations sur les dessous de cette affaire que faisait tout récemment à la presse l’ancien patron du contre-espionnage français (la DST) Yves Bonnet, qui va jusqu’à évoquer une sombre vengeance d’État.


Pour le Liban lui aussi, le moment ne saurait être plus mal choisi d’un différend avec une puissance aussi traditionnellement amie, d’autant que les amis de l’Iran et de la Syrie ont vite fait de récupérer la légitime colère des proches de Abdallah. Ainsi le sit-in qui se poursuit depuis lundi devant l’ambassade de France aura été marqué par plus d’une dérive, dont la moindre n’est pas la fermeture durant plusieurs heures, au trafic, d’une des artères les plus fréquentées de la capitale, et cela sans réaction notable de la maréchaussée. Surprenante, par ailleurs – mieux encore, gratuitement provocante au plan des relations avec les États-Unis – est la volonté du gouvernement libanais de réserver un accueil triomphal à l’enfant prodigue, lors de son retour au pays.


L’intéressé sera sûrement sensible à la charmante attention. Reste à savoir toutefois si ce modeste instituteur, ce passionné de la cause sacrée, ce véritable fou de Palestine, arrivera à se reconnaître vraiment dans la faune bruyamment, mensongèrement militante qui occupe la place aujourd’hui.


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Singulier destin que celui de Georges Ibrahim Abdallah, maronite marxiste du Akkar converti à l’islam durant ses 28 ans de détention en France et dont la prochaine libération conditionnelle, recommandée par le tribunal d’application des peines, donne lieu, dans ce pays, à un cafouillis politico-juridique d’une rare ampleur.
 
Héros ou terroriste, militant ou assassin ? Le débat sur les crimes politiques est vieux comme le monde et il n’est pas près d’être tranché. Ses admirateurs voient en Abdallah un combattant de la liberté qui, après avoir fait ses classes dans le Parti syrien national social puis dans l’aile dure du Front populaire de libération de la Palestine, fut l’un des fondateurs des Fractions armées révolutionnaires libanaises vouées à la lutte contre l’impérialisme et le sionisme. Condamné...
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