Sourd aux cris de souffrance de son propre peuple, aveugle face à l’étendue de la révolte... On a beau jeu de tomber à bras raccourcis sur le président syrien Bachar el-Assad au lendemain de ses rares interventions publiques, lesquelles donnent à voir un homme chaque fois un peu plus coupé des réalités. Tant de constance dans l’égarement, cela est même devenu lassant.
Mais valent-ils bien mieux, les hommes qui gouvernent ce pays de lumière privé de courant électrique et dont les richesses hydrauliques se perdent depuis des décennies dans la mer ? À leur très petite échelle, ceux-là vivent eux aussi sur une autre planète, s’enflammant pour les ambitieux desseins sans oublier pour autant de se remplir les poches ; invariablement insensibles aux besoins quotidiens de leurs administrés, ils ont la tête dans les nuages de la haute politique et les pieds plongés dans la gadoue.
De ces responsables indignes nul n’attendait, certes, qu’ils domptent une nature en furie ; d’en prévoir seulement les débordements eut suffi. Or prévoir, cela commence par des routes au dénivelé précisément calculé et convenablement asphaltées, de manière à éviter la formation, à la moindre averse, d’énormes cratères, d’infranchissables piscines : notions élémentaires qu’ignorent systématiquement, et en toute impunité, les adjudicataires d’entreprises de travaux publics. Prévoir, cela continue par l’aménagement et l’entretien permanent des caniveaux et autres canaux d’écoulement des eaux, transformés au contraire en décharges publiques. Comme pour les immeubles vétustes de la capitale s’effondrant l’an dernier comme châteaux de cartes, comme pour les glissements de terrain en province, c’est après coup seulement que l’on se démène comme de beaux diables, de préférence sous les caméras de télévision. Après quoi on s’empresse de tout oublier, en attendant la prochaine ...
Tout aussi lunaire paraît le paysage politique, à quelques mois de ces législatives désespérément en quête d’un accord sur la loi électorale. La commission spécialisée de la Chambre y travaille en ce moment et c’est tout à son honneur. Mais pour la grande honte d’un Liban qui se veut le porte-drapeau de la démocratie dans la région, c’est dans un hôtel voisinant le Parlement – et placé sous une bonne protection – que les députés d’un bord bien précis se sont vus contraints d’établir leurs quartiers, et cela en raison des menaces de mort très précises les visant on ne peut plus ouvertement. Une planque sécurisée comme dans les polars de série B, que demander de plus à l’État...
On peut se demander en revanche quels peuvent être le sens et la portée du scrutin projeté, dans un pays où l’armement de la milice, dévoyé de sa vocation initiale (la résistance à Israël) a vicié, au-delà de l’imaginable, le jeu des institutions. Battu au scrutin de 2009, le 8 Mars se refuse à reconnaître une majorité librement élue, exigeant d’être associé au pouvoir, à seule fin de paralyser celui-ci ; et une fois devenu majoritaire, il reconnaît encore moins la nouvelle minorité. Voilà ce qui s’appelle gagner à tous les tableaux, le revolver bien visible sur le tapis vert.
C’est dans cette ambiance surréelle que le ministre de l’Intérieur, ancien officier de gendarmerie, se découvre – et nous en fait même part – un destin national, se portant volontaire pour la fonction présidentielle. Et pourquoi pas, l’ascension des militaires étant en passe de devenir la règle dans notre petit paradis démocratique. Mais avant que d’arpenter la voie royale, le général Marwan Charbel serait bien inspiré de circuler sans escorte ni sirènes sur nos routes, où brille par son absence l’autorité. Si l’on réchappe des chauffards en liberté, c’est de rage impuissante face à la pagaille de la circulation qu’on y meurt. Sans même qu’ait à s’en mêler le déluge.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Mais valent-ils bien mieux, les hommes qui gouvernent ce pays de lumière privé de courant électrique et dont les richesses hydrauliques se perdent depuis des décennies dans la mer ? À leur très petite échelle, ceux-là vivent eux aussi sur une autre planète, s’enflammant pour les ambitieux desseins sans oublier pour autant de se remplir les poches ; invariablement insensibles aux besoins quotidiens de leurs administrés, ils ont la tête dans les...


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