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Civilités

Sous le titre « Le syndrome de Paris », une dépêche parlait hier des gestes de civilité qui disparaissent dans l’un des pays qui fut, et reste, un modèle pour nous : la France. Les visages fermés, le regard vide, le « s’il vous plaît » qui disparaît, les pieds sur la banquette...
Chez nous aussi, des gestes de civilité disparaissent. Cela commence, à la maison, avec les assiettes abandonnées et les sofas défaits. De quoi s’agit-il ? De faire de la place aux autres. Débarrasser la table, ranger le sofa : faire de la place aux autres, laisser derrière soi un espace utilisable.
Sur le plan national, quel pays, quelle patrie laisserons-nous à nos enfants ? Les gestes de civilité de Bkerké y pointent. Souhaiter joyeux Noël à un compatriote, quand ce n’est pas Noël pour soi, voilà aussi une façon de faire de la place à l’autre, un espace commun qui se construit où l’on peut vivre ensemble.
Les années de guerre et la drôle de paix qui l’a suivie nous ont à la fois rapprochés et éloignés les uns des autres. Nous avons galvaudé notre guerre civile, au point de la banaliser. Sa mémoire ne s’est pas transmise aux jeunes générations. Il y a une montée du fanatisme. La détestation de l’autre se renforce et nos télévisions ne sont souvent que d’autres formes de barricades. Par-delà les prises de position politiques, elles diffusent aussi, souvent, un mode de vie différent, une façon de s’habiller, de se cloisonner, de vivre le Liban, qui nous rendent étrangers les uns aux autres.
Il n’est pas question de défendre l’uniformité, mais d’avertir. Dans l’un de ses discours annuels de la Saint-Joseph, Jean Ducruet, ce grand Libanais, soulignait l’importance d’une restauration des relations sociales. « Une guerre, comme celle que nous avons connue quinze ans durant, écrivait-il, a dispersé les familles, détruit les communautés de village ou de quartier, désagrégé le pays en faisant éclater la capitale, créé et cloisonné des territoires communautaires. Il importe aujourd’hui de consolider les liens familiaux, de restaurer les centres de convivialité à tous les niveaux de la vie sociale, de désenclaver les communautés, de recomposer le territoire, en un mot de reconstituer une société. Faute de cet effort, le Liban, qui fut une nation sans État, risquerait de devenir demain un État sans nation ».
Ces lignes ont été écrites hier... en 1993. Demain, c’est donc aujourd’hui. Nous parlons de nos communautés comme d’autant de « familles spirituelles » dont le Liban fait l’unité. Il serait désastreux que cette vie familiale se désagrège. Faisons donc de la place aux autres et commençons dans la famille. Continuons d’inventer le Liban.
Sous le titre « Le syndrome de Paris », une dépêche parlait hier des gestes de civilité qui disparaissent dans l’un des pays qui fut, et reste, un modèle pour nous : la France. Les visages fermés, le regard vide, le « s’il vous plaît » qui disparaît, les pieds sur la banquette...Chez nous aussi, des gestes de civilité disparaissent. Cela commence, à la maison, avec les assiettes abandonnées et les sofas défaits. De quoi s’agit-il ? De faire de la place aux autres. Débarrasser la table, ranger le sofa : faire de la place aux autres, laisser derrière soi un espace utilisable.Sur le plan national, quel pays, quelle patrie laisserons-nous à nos enfants ? Les gestes de civilité de Bkerké y pointent. Souhaiter joyeux Noël à un compatriote, quand ce n’est pas Noël pour soi, voilà aussi une façon de faire...
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