Ibrahim el-Batout, un réalisateur engagé... dans la vie. (DR)
Pourquoi l’homme agit-il ainsi, on est sur terre pour être heureux ? Pourquoi l’être humain fait-il du mal à son frère ? Certes, la toile de fond est les événements qui ont traversé l’Égypte en 2011, mais au-delà de cela, il y a l’homme et ses bouleversements qui inquiètent el-Batout et qui le poussent à se questionner. « Il n’y a rien de mental dans mon processus. Bien au contraire. Je ne procède pas intellectuellement ni symboliquement pour tourner un film, mais par impressions qui coulent comme un torrent. Le cinéma va au-delà de mon mental. J’ai entamé ce projet le 10 février 2011. » Et quand on lui demande s’il ne trouve pas qu’il y a peu de recul par rapport à une révolution, le réalisateur égyptien acquiesce en répondant : « Ce film ne parle pas de la révolution en soi. J’ai voulu parler des hommes et de leurs destins quand ils sont pris dans une tourmente pareille. » Et d’ajouter : « Même si les propos semblent directs à l’instar d’un documentaire, je ne suis pas là pour prouver un point de vue. Il n’y a rien qui a lieu dans ce film que le spectateur ne connaisse déjà. Je ne suis pas là pour imposer une vérité mais pour témoigner de mes sentiments en tant qu’être humain. » Plus loin, il dira : « Je ne travaille pas sur un scénario dans le cinéma, mais mon seul objectif est de partager avec le spectateur mes questionnements et les siens. D’ailleurs, lui et moi nous ne formons qu’un seul personnage sur la plateforme du film. »
Pour Ibrahim el-Batout, le cinéma est un « miracle » car il réaménage le temps, le configure à sa manière en brisant toute limite spatio-temporelle. « Il est plus fort que nous, dit-il. Il est immortel. »
« On est là dans la vie pour être heureux, conclut-il, non pour se faire la guerre. Le cinéma me rend conscient de la richesse de la vie, et si je m’arrête un jour de faire des films, je meurs. » Aussi, quand on lui demande s’il n’a pas de peine en voyant tout ce qui se passe dans le monde arabe et notamment en Égypte, il se tait. Une certaine tristesse se lit dans sa voix. « N’en tenez pas compte, poursuit-il en rigolant, je suis un pleureur professionnel. »

