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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Fin de mondes

Si vous lisez ces lignes c’est que la fin du monde n’a pas eu lieu, n’en déplaise aux Mayas et à leur calendrier de mauvais augure. En fait de jugement dernier, nous nous en tirons avec l’éprouvant rituel des routes inondées par les pluies et des embouteillages monstres qui ne rendent que plus pénible encore le non moins rituel remue-ménage des fêtes de fin d’année. Et du moment que c’est fête, on se promet de ne pas ruminer le reste de nos misères avant les premiers jours de 2013 : le reste étant seulement la médiocratie au pouvoir, un État phagocyté par la milice, des services publics minés par l’incompétence et la vénalité, et l’on en passe.

Ce n’est pas, pas encore, la fin du monde, non ; mais tout autour de nous, c’est tout un monde qui est en train de s’écrouler, pierre après pierre ou par pans entiers : un monde d’injustice, de tyrannie sanguinaire, un monde haïssable que l’on voit disparaître sans regret, même si trop souvent la qualité de la relève s’avère pour le moins incertaine. C’est dire que malgré nos propres problèmes et infortunes, il y a bien pire ailleurs désormais ; l’herbe n’y est guère plus verte, mais au contraire roussie et calcinée par les incendies.

Que le feu des guerres dites civiles nous ait cuits et recuits en premier, nous Libanais, ne peut certes que nous porter à la compassion pour les peuples endurant en ce moment ces mêmes affres des bombardements, de la peur, de la faim et de l’exode que nous avons vécus quinze années durant. C’est pour eux-mêmes en revanche, pour la singulière formule qui a donné naissance à leur pays, pour leur système démocratique sans cesse dévoyé et dénaturé, que des Libanais se refusent à la moindre compassion.

Par le plus grand des paradoxes, c’est peut-être sur nos voisins syriens que ceux-là devraient prendre exemple. C’est vrai que la plupart des gouvernements qui se sont succédé à Damas ne se sont jamais résignés à l’émergence d’un Liban indépendant. C’est invariablement dans ce même havre de libéralisme libanais pourtant que venaient chercher asile les opprimés, mais aussi les oppresseurs déchus, généralement nantis de leur trésor de guerre.

À défaut de la Turquie, c’est encore vers le Liban qu’affluent, par dizaines de milliers, des citoyens fuyant l’horreur. C’est au Liban, qui jouit d’une longue tradition d’excellence hospitalière, que vient se faire opérer un ministre de l’Intérieur grièvement blessé dans un attentat à la bombe. Et plutôt que de chercher à gagner la Jordanie toute proche de leur patrie d’origine occupée en grande partie par Israël, c’est encore et toujours dans ce même Liban, que certains de ses fils continuent pourtant de traiter par-dessus la jambe, que sont venus chercher refuge... les réfugiés du camp palestinien de Yarmouk, sauvagement pilonné par le régime Assad : celui-là même qui à l’instar de ses alliés, l’Iran et le Hezbollah, se pose en inébranlable champion de la cause palestinienne...

La fin du monde, c’est derrière nous. Voici venu le temps du monde à l’envers.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Si vous lisez ces lignes c’est que la fin du monde n’a pas eu lieu, n’en déplaise aux Mayas et à leur calendrier de mauvais augure. En fait de jugement dernier, nous nous en tirons avec l’éprouvant rituel des routes inondées par les pluies et des embouteillages monstres qui ne rendent que plus pénible encore le non moins rituel remue-ménage des fêtes de fin d’année. Et du moment que c’est fête, on se promet de ne pas ruminer le reste de nos misères avant les premiers jours de 2013 : le reste étant seulement la médiocratie au pouvoir, un État phagocyté par la milice, des services publics minés par l’incompétence et la vénalité, et l’on en passe.Ce n’est pas, pas encore, la fin du monde, non ; mais tout autour de nous, c’est tout un monde qui est en train de s’écrouler, pierre après pierre ou par...
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