Dix-sept étudiants en journalisme issus de différentes universités libanaises ont participé à l’atelier organisé par l’Unesco sur le journalisme d’investigation.
Indépendance vis-à-vis des pouvoirs
« Le journalisme d’enquête ou d’investigation est un genre journalistique qui comprend des recherches approfondies. Il ne se limite pas à des entrevues mais est basé sur différentes sources d’information. Il implique donc une solide collecte et une contre-vérification d’infos qui va au-delà des témoignages et qui mène à la découverte de faits inédits », explique le Dr Yasmine Dabbous, professeur adjoint en journalisme et études de médias à la LAU. Un exercice journalistique qui se distingue par la durée de travail sur un même sujet et qui implique une indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques. Le Dr Dabbous estime que le journalisme d’investigation ne dépasse pas les 5 % des reportages publiés dans la presse locale. Comment expliquer cela ? Le Dr Dabbous pointe du doigt plusieurs facteurs qui empêchent les journalistes au Liban de se lancer dans les reportages d’investigation : l’habitude de baser leurs articles sur des entrevues ou sur des informations provenant de sources officielles sans enquêter sur le terrain, l’intrication de la corruption et des milieux politiques et l’absence de loi qui protège les journalistes, sans oublier le fait que les médias appartiennent souvent à des partis politiques. « L’auteur d’un article d’investigation risque d’être poursuivi pour diffamation. Au Liban, pour un journaliste, la vérité n’est pas considérée comme un élément de défense », dénonce le Dr Dabbous.
Contre les injustices
Le journalisme d’investigation joue un rôle crucial dans les dénonciations et la lutte contre toutes sortes d’injustices et implique souvent la criminalité et la corruption politique. « À l’ère du printemps arabe, il y a un intérêt croissant pour le journalisme d’enquête qui, par contre, n’est pas encore enseigné dans les universités libanaises », indique le Dr Dabbous avant de conclure : « L’Internet et la télévision sont des médias “rapides” et le journalisme y est lié au concept de vitesse. Les reportages d’enquête, de longue haleine, eux, qui exigent du temps et une profondeur d’analyse, permettent à la presse papier de se distinguer. »

