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Nos lecteurs ont la parole

Bas les masques !

Par Lina SINNO
Qui ne connaît pas ce vers intemporel d’al-Moutanabbi qui, traduit vers le français, perd, il faut le dire, quelque peu de son éloquence : « Fête, en quel état nous reviens-tu cette année ? » (3idon, bi ayyi halen 3odta ya 3idou ? ). Bien entendu, l’époque du vizir Kafour derrière ses barreaux est maintenant révolue, mais c’est à se demander si ce topo ne s’applique pas à tous les temps et à toutes les situations lorsque les fêtes commencent à pointer le bout de leurs cotillons.
En effet, en chaque fin d’année se cache derrière ces rituels que sont le sapin, la crèche, la dinde, les cadeaux, puis la semaine en huit, le mont blanc, le champagne, la soirée type et le compte à rebours, une tristesse certaine mêlée de beaucoup de nostalgie. Resurgissent les deuils, les ruptures, les phrases formulées à la même occasion, les affects exprimées aux mêmes moments, le souvenir d’un parent, d’un enfant, d’un ami disparus que l’on aurait voulu entendre, voir, partager avec vous un repas à la même table, d’êtres chers que l’on aurait aimé prendre plus proche de nos cœurs, de malades que l’on aurait voulu voir sur pied, de vieux que l’on aurait souhaités jeunes et beaux comme dans les photos, de familles pauvres imaginées autour d’une table au chaud, entourées d’enfants comblés de friandises et de cadeaux....
Que d’émotions, mêlées à ces chants de Noël eux aussi poignants par leur innocence, mêlées à leur tour à ce sentiment indéfinissable de devoir, cette année encore, fournir l’effort, ou plus exactement faire semblant ! De toutes ces dates ponctuelles qui correspondent à des fêtes, il y a par excellence la Saint-Sylvestre qui devient synonyme de devoir porter le masque, s’habiller smart, sortir en grande pompe, danser et boire jusqu’au petit matin, ou au moins jusqu’à minuit, s’empiffrer, garder le sourire – et perdre la ligne -, faire semblant d’être heureux, forcément ce jour-là, alors qu’une sortie improvisée, sans occasion ni date ni thème serait sans doute plus fun, qu’ elle vous apporterait plus de bonheur, du fait même qu’il n’y a pas d’attente précise. Et c’est exactement ça, le piège des mariages, des grands dîners, d’une fête comme la Saint-Valentin, où, comme pour tous les évènements planifiés, la déception est souvent à la mesure de l’attente. Le détail, lui, est tellement étudié, disséqué pour une occasion déjà elle-même tellement prévisible que le cérémonial se retrouve quelque part banalisé, démystifié, sauf pour les rares personnes qui ont su trouver ce je-ne-sais-quoi qui marque la différence et crée le moment magique.
J’ai toujours pensé que la spontanéité, voire l’improvisation étaient unes des recettes des moments heureux. Par exemple, pour le Nouvel An, l’idéal à mon sens serait un dîner entre intimes, sans se priver pour autant de tout ce qui est propre à ce jour. Un petit comité auquel l’on aurait dit de venir simplement, en dernière minute, juste quelques personnes qui, elles aussi, voudraient rester sobres avec un brin de fantaisie, heureuses d’être là et non pas veillant ensemble un 31 décembre, pour la forme....
Musique de fond fluide, quelques pas de danse, pourquoi pas, discussions mezza voce pour entamer l’année cool. Même pour les générations plus jeunes, pas besoin du grand truc, de la soirée tapageuse où l’on doit s’amuser, se saouler grave, car c’est le jour où... La soirée du siècle aurait pu, mon Dieu, tout autant être un 30 décembre ou un 1er janvier, ou pas du tout avoir lieu, les moments heureux étant tributaires d’une façon d’être, dans la tête, et non d’une façon de vivre, ou tout au plus d’un « art de vivre » et non de se laisser vivre.
Mais allons, un peu plus de légèreté et gardons la fraîcheur de nos enfants qui continuent à s’extasier devant un sapin, à déchirer, le cœur à tout rompre, le papier emballage de leurs cadeaux, et de nos bouts de chou qui griffonnent gauchement leur liste au père Noël. Et si, lorsque tout va mal, l’on s’écrie : « La vie est méchante, méchante », et que l’écho nous fait un pied de nez en nous répondant : « Chante ! Chante ! », moi pour servir le contexte je renchérirai à ceux mélancos en cette fin d’année : « Si vous vous sentez no well (Noël), enjouée la rime ne tardera pas à vous répondre : “Jingle bell, jingle bell !” »
Qui ne connaît pas ce vers intemporel d’al-Moutanabbi qui, traduit vers le français, perd, il faut le dire, quelque peu de son éloquence : « Fête, en quel état nous reviens-tu cette année ? » (3idon, bi ayyi halen 3odta ya 3idou ? ). Bien entendu, l’époque du vizir Kafour derrière ses barreaux est maintenant révolue, mais c’est à se demander si ce topo ne s’applique pas à tous les temps et à toutes les situations lorsque les fêtes commencent à pointer le bout de leurs cotillons.En effet, en chaque fin d’année se cache derrière ces rituels que sont le sapin, la crèche, la dinde, les cadeaux, puis la semaine en huit, le mont blanc, le champagne, la soirée type et le compte à rebours, une tristesse certaine mêlée de beaucoup de nostalgie. Resurgissent les deuils, les ruptures, les phrases formulées à la...
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