L'éditorial de Issa GORAIEB

Bons baisers de Yarmouk

L’éditorial de Issa GORAIEB
19/12/2012

Le Liban n’échappe décidément pas à son singulier destin de pays-refuge. Qu’elle fut spontanée ou seulement commandée par les soubresauts de l’actualité régionale, sa proverbiale hospitalité l’aura amené à accueillir plus d’une population opprimée. Et les coffres-forts de nos banques n’auront été que trop heureux d’abriter les revenus du boom pétrolier arabe, mais aussi les trésors amassés, de manière souvent pas très propre, par les puissants de la région.

 

De toutes ces ressources, tant humaines que financières, le Liban n’aura pas toujours été un heureux gestionnaire. Sa principale richesse, une diversité religieuse et culturelle absolument unique dans la région, a tourné au tumulte des confrontations, éventuellement violentes, entre communautés et même entre sectes. Ses sanglants désordres ont fait la fortune de plus d’une place bancaire internationale, surgie des sables entre soir et matin. Ses sempiternelles querelles internes en ont fait un pays pratiquement ingouvernable et cela quelle que soit la forme, majoritaire ou collégiale, de l’organe exécutif. La crise économique s’ajoutant à l’impasse politique et l’incompétence des gouvernants aux heurs et malheurs des printemps arabes, c’est la fine fleur de sa jeunesse, en quête d’emplois et d’une vie décente, que cette terre d’asile est en train d’exporter aux quatre coins du monde.


Ce triste constat est d’autant plus actuel que les tisons échappés du brasier syrien ne cessent de pleuvoir sur notre pays. Après les tirs d’artillerie par-dessus la frontière, après les meurtrières incursions armées en territoire libanais, après les projets d’attentats terroristes à la bombe éventés in extremis, c’est par flots de misérables réfugiés que le régime baassiste se livre maintenant à ses vieilles et tenaces menées déstabilisatrices.


Empêtré dans ses propres problèmes, l’État libanais en est déjà réduit à solliciter l’assistance internationale pour assurer vivres et logements aux dizaines de milliers de citoyens syriens qui ont fui l’enfer des bombardements. Or viennent subitement s’ajouter à ceux-là des milliers d’habitants du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, au sud de Damas, entré en dissidence et bombardé par l’aviation de Bachar el-Assad avec un acharnement dont elle n’a jamais fait preuve contre des cibles israéliennes. On notera au passage que le Hezbollah, qui se pose en champion de la cause palestinienne, n’y a trouvé rien à redire, lui qui s’était élevé pourtant contre les opérations de l’armée libanaise contre le camp de Nahr el-Bared.


Cela dit, et au plan humanitaire et moral, les réfugiés de Yarmouk requièrent incontestablement toute assistance. Mais pourra-t-on continuer de contrôler sérieusement un afflux susceptible de s’intensifier, ce qui ne serait pas sans évoquer la grande migration de combattants palestiniens vers le Liban au lendemain du septembre noir de 1970 en Jordanie ? Question lancinante, dans un pays qui souffre déjà du syndrome de l’implantation et où les camps de réfugiés se sont érigés, bien avant l’heure, en autorité autonome.


Chat échaudé est tenu de craindre l’eau froide ; qu’en serait-il alors de la lave coulant en abondance de Syrie ?

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

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