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À La Une - L’Éclairage

Le 14 et le 8 Mars enfermés chacun dans sa bulle

Gouverner, c’est prévoir, dit l’adage bien connu. C’est l’essentiel du conseil que les puissances occidentales donnent à la classe politique libanaise, au regard de ce qui se passe en Syrie. Gardez vos distances, ne cessent de répéter ces puissances, si l’on en croit cet ancien ministre de retour de Paris et Londres, gardez-vous des retombées de cette révolution sur votre situation interne, votre cohésion sociale, votre paix civile.
Ce conseil, le chef de l’État est le premier à le prendre, mais hélas, il est aussi le seul. Ni le 14 Mars ni le 8 Mars ne sont prêts à épouser les thèses en cours et à se mettre prudemment à l’abri des conséquences de ce qui se passe en Syrie, fut-ce d’une victoire de l’opposition. Le 8 Mars continue de vivre dans le souvenir de son arrogance perdue et ses plans de déstabilisation s’affolent ; le 14 Mars vit dans l’espoir secret d’une revanche éclatante et définitive, et son public rêve et trafique. Et Tripoli brûle. Pour rien.
Si le président Sleiman s’efforce de maintenir le contact entre les deux camps, c’est d’abord en prévision de la fracture qui peut se produire et des désordres confessionnels qui pourraient suivre.
Pour amener les deux camps à se parler, une première proposition portait sur une rencontre des présidents et rapporteurs des commissions conjointes chargées d’examiner une nouvelle loi électorale, en présence de Nabih Berry et de Nagib Mikati. Refus du 14 Mars.
Une seconde proposition prévoyait une rencontre de deux représentants de chacun des principaux blocs parlementaires (CPL, Amal, Hezbollah, Futur, Kataëb, Forces libanaises). Refus du 8 Mars, qui ne croit que dans la conférence nationale de dialogue et dans une rencontre inconditionnelle, sachant pertinemment que le 14 Mars rejette tout contact avec un représentant du gouvernement, tant que celui-ci n’a pas démissionné.

Le 14 Mars sait ce qu’il ne veut pas
C’est à croire que le 14 Mars ne veut pas d’un nouveau gouvernement, accuse une source ministérielle, qui assure que ce camp sait ce qu’il ne veut pas, mais ne sait pas trop ce qu’il veut ; qu’il n’a pas une vision claire du genre de gouvernement qui pourrait succéder à l’actuelle équipe.
Pour la source citée, toute la stratégie du 14 Mars consiste à parier sur une chute du régime syrien et toute sa tactique consiste à gérer le mieux possible le temps que ça prendra.
Du reste, force est de reconnaître que les développements militaires semblent donner raison à ce camp, puisque même la Russie, alliée inconditionnelle du président Assad, au départ, a commencé à envisager la possibilité d’un effondrement de son régime, et déplore le manque d’imagination politique, ou encore la rigidité mortifère dont il a fait preuve tout au long de ces derniers mois.
Pour l’Occident, cependant, miser sur un effondrement du régime syrien est une erreur ; c’est tout de suite que les deux camps luttant pour le pouvoir au Liban doivent s’entendre pour faire passer le Liban avant leurs intérêts propres. Selon des sources occidentales à Beyrouth, les Libanais doivent s’entendre sur un nouveau partage du pouvoir de nature à préserver la paix civile et une loi électorale équitable qui puisse assurer le bon déroulement de l’échéance législative du juin 2013, la formation d’un nouveau gouvernement et l’élection présidentielle qui pointe à l’horizon 2014, sachant bien que c’est la Chambre qui sera élue en 2013 qui élira, à moins d’un grippage extraordinaire des institutions, le prochain président de la République.
Toutefois, le 14 Mars a perdu confiance dans la crédibilité du 8 Mars et estime qu’il est inutile de répéter l’erreur de Doha, où un accord a été conclu que le 8 Mars s’est empressé de torpiller, à l’instant même où il n’y a plus trouvé son compte. Pour ce camp, en effet, il n’est pas besoin de conclure de nouveaux accords. La Constitution est là, il suffit de l’appliquer. Du reste, conclut ce camp, il suffit de lire les journaux pour se rendre compte que le gouvernement Nagib Mikati est en faillite sur tous les plans, économique, politique et sécuritaire. Qu’il s’en aille donc, pour que le dialogue puisse s’établir, dit-on.
Loin de penser que la paix civile vaut bien quelques concessions, fut-ce sur les principes, le 8 et le 14 Mars continuent donc de vivre dans leurs bulles respectives, inconscients du danger qui approche, insouciants des conséquences économiques de ce bras de fer qui pousse les entreprises à fermer et la population à l’émigration.

 

 

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