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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

D’expérience

Aux dernières nouvelles, la fin du monde ballotait entre deux dates. Comme on ne sait pas dans quel sens lire la prédiction maya, certains pensaient que ce serait le 12-12-12. Apparemment, ils ont eu tort, ou alors nos sens nous jouent des tours, auquel cas nous serions déjà dans une autre dimension sans le savoir. D’autres croient que le rendez-vous est plutôt fixé au 21-12-12. Patience, quelques jours encore et nous le saurons. Ou pas.


Dans une édition célèbre de son Petit Journal, Yann Barthès, qui se trouvait au Liban pour une conférence sur la satire politique, avait mis en parallèle un discours prononcé par Jean-Marc Ayrault devant les étudiants de Singapour sur « Le monde tel qu’ (il) le voit » et sa réplique exacte par François Hollande dans d’autres circonstances quelques jours plus tôt. L’effet comique de cette répétition vient évidemment de son aspect mécanique. Quelle illustration plus magistrale de la langue de bois que ces textes monolithiques que reprennent sans y changer la moindre virgule les membres d’une même famille politique. Au Liban, petit pays, grosse télé, ce phénomène est si courant qu’on n’y prête plus attention. Cela dit, et pour en revenir à la fin du monde, il serait intéressant de se pencher sur le contenu de ce fameux discours Ayrault/Hollande. Il y est dit en substance que le monde dans lequel nous vivons est « marqué par son instabilité » ; que « nous assistons à la disparition d’un ordre ancien sans l’émergence d’un nouvel ordre » ; que « les anciens blocs ont disparu » et que de « nouvelles puissances s’affirment sans encore prendre les responsabilités de leur statut ». En gros, nous avons bien là un discours de fin du monde, et plutôt deux fois qu’une.


Au seuil de 2013, nous sommes déjà suffisamment avancés dans le siècle pour en renifler le parfum sulfureux. Nous avons l’impression d’avancer sur un pont qui s’écroule. Chacun de nos pas déclenche un éboulement inquiétant. Déjà l’économie de la planète montre des signes de gangrène. On connaît peu de personnes actives qui ne se sentent chaque jour un peu plus pauvres que la veille. Les réserves s’épuisent et forcément, le pouvoir d’achat régresse. Avec le réchauffement de la planète et la fonte des neiges polaires, on nous promet carrément le grand soir, mais bon, un peu plus tard. Pour l’heure, c’est notre région qui semble avoir décroché le pompon de l’incertitude après des années de stabilité factice. Trop d’ébullition, un peu de vapeur, pas de soupape, l’explosion. Et c’est notre génération qui aura eu l’honneur des premières loges du conflit qui s’annonce interminable. Nous croyions pourtant en avoir vu de toutes les couleurs tout au long de la guerre du Liban. Il nous paraît presque évident, aujourd’hui, que cette guerre n’a eu lieu que pour empêcher toutes les autres d’advenir. Nous ne pouvions pas, à nous seuls, continuer à empêcher le monde arabe de s’effondrer. Et ce n’est pas faute d’avoir souffert. Alors, pour la fin du monde, pas la peine d’attendre, on peut vous raconter.

Aux dernières nouvelles, la fin du monde ballotait entre deux dates. Comme on ne sait pas dans quel sens lire la prédiction maya, certains pensaient que ce serait le 12-12-12. Apparemment, ils ont eu tort, ou alors nos sens nous jouent des tours, auquel cas nous serions déjà dans une autre dimension sans le savoir. D’autres croient que le rendez-vous est plutôt fixé au 21-12-12. Patience, quelques jours encore et nous le saurons. Ou pas.
Dans une édition célèbre de son Petit Journal, Yann Barthès, qui se trouvait au Liban pour une conférence sur la satire politique, avait mis en parallèle un discours prononcé par Jean-Marc Ayrault devant les étudiants de Singapour sur « Le monde tel qu’ (il) le voit » et sa réplique exacte par François Hollande dans d’autres circonstances quelques jours plus tôt. L’effet...
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