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Liban - Troubles

Le plan militaire instaure un calme fragile à Tripoli

Le député du bloc du Futur, Nehmé Tohmé, a exprimé sa crainte que « les événements de Tripoli avantagent certaines parties au sein du gouvernement », tandis que le député aouniste Nabil Nicolas a appelé à « faire de la ville une zone militaire ».

Un char de l'armée libanaise, à l'entrée du quartier de Bab el-Tebbaneh, à Tripoli, au Liban-Nord, le 10 décembre 2012. Photo AFP

Un calme précaire régnait hier matin à Tripoli, la grande ville du Liban-Nord meurtrie par plusieurs jours de combats sanglants à caractère confessionnel, à la faveur d’un déploiement massif de l’armée libanaise dans les quartiers rivaux de Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen.


Le Conseil national de sécurité a en effet décidé dimanche d’un déploiement parallèle et simultané de la troupe dans les deux quartiers après les heurts de la semaine dernière qui ont fait au total 19 morts et des dizaines de blessés. La troupe a donc effectué hier des patrouilles dans la rue de Syrie qui sépare Bab el-Tebbaneh (à majorité sunnite et antirégime syrien) et Jabal Mohsen (à majorité alaouite et pro-Assad) ainsi que sur l’autoroute principale qui relie Tripoli au Akkar, plus au nord. Des points de contrôle et des barrages ont en outre été établis depuis dimanche dans plusieurs quartiers de la ville portuaire. Un communiqué de l’armée a précisé que le plan sécuritaire « vise à réprimer tous les éléments armés et à riposter aux tirs », évoquant pour la énième fois « la fermeté avec laquelle l’armée répondra à ceux qui menacent la sécurité de la ville, quelle que soit leur appartenance ». Parallèlement, le ministre de la Défense, Fayez Ghosn, a indiqué que l’armée veillera à empêcher toute tentative de semer le chaos. « Les responsables politiques devraient soutenir les efforts de l’armée en rejetant les discours incendiaires et confessionnels et travailler à empêcher que la tension ne gagne le Liban », a-t-il affirmé.

 

(Pour mémoire : Tripoli : nouveau plan de sécurité de l’armée pour freiner l’afflux d’armes et de munitions)


Le déploiement militaire s’est intensifié encore hier au niveau des points de combat et aux entrées des rues chaudes (le quartier Mankoubine, la route internationale et les rues menant au camp de Beddaoui, Wadi Nahlé...). Les soldats ont ôté les barricades entre les deux quartiers rivaux.
En outre, les magasins, qui avaient fermé leurs portes durant une semaine, ont rouvert et la circulation reprenait son cours normal dans tous les quartiers de la ville. Des embouteillages ont même été rapportés. Seules les écoles et les universités restaient fermées. C’est le même paysage qui avait prévalu vendredi, alors qu’un calme précaire s’était rétabli, promettant de mettre fin à cette nouvelle série d’accrochages. Pourtant, les violences avaient repris le soir même.

Entre apaisement et scepticisme
Certaines parties restent cependant sceptiques quant au maintien du calme dans la ville, même si le président de la République s’est montré rassurant hier et même si le Premier ministre avait indiqué dimanche qu’un consensus avait été atteint pour la mise en œuvre d’un plan sécuritaire, qui aura constitué un nouvel élan à l’armée et aux Forces de sécurité intérieure pour rétablir le calme dans la ville.
Des sources citées par le quotidien koweïtien al-Raï, proches des milieux qui s’efforcent de contenir la situation à Tripoli, ont estimé que la ville « est devenue le terrain de lignes de démarcation arabo-régionales, loin de tout contrôle de l’État ». « On ne se fera pas d’illusions sur l’utilité des mesures de sécurité décidées par le Comité supérieur de défense, tant que ces mesures ne s’accompagnent pas d’un plan radical visant à résoudre la réalité problématique des îlots sécuritaires en fermentation entre Baal Mohsen et Bab el-Tebbaneh. Or, pareille démarche est fort peu probable à l’heure actuelle », ont ajouté ces sources, qui n’ont pas caché leur « pessimisme très profond quant à la capacité de l’État à assumer un rôle effectif pour arrêter le saignement régulier de la ville ».
Dans cet esprit, le député du bloc du Futur Nehmé Tohmé a exprimé sa crainte de voir « les événements de Tripoli avantager certaines parties au sein du gouvernement ». Pour le député Khaled Daher, l’instabilité à Tripoli « est le résultat des armes du Hezbollah, qui sont la source de tous les maux dans la ville ». Plus tempéré, le député Tammam Salam a dénoncé « la situation tragique » de la ville du Nord, en insistant sur « l’importance du rôle de l’armée et des Forces de sécurité intérieure, à condition toutefois que la sécurité soit imposée et non puisée dans quelque approche consensuelle ».
En revanche, le député du bloc du Changement et de la Réforme Nabil Nicolas a renvoyé les incidents à Tripoli à « la mobilisation confessionnelle », estimant que « la solution radicale est d’en faire une zone militaire ». Il a rappelé à l’occasion que les députés Fouad Siniora et Bahia Hariri « ont refusé cette solution au niveau de Saïda ». Pourtant, le ministre aouniste Gaby Layoun a assuré que « le plan sécuritaire à Tripoli réussira cette fois ». Avec lui, le ministre de l’Économie a précisé que « l’armée dispose d’un appui total et que la mise en œuvre de la solution sera différente cette fois ». Un avis endossé par le député de l’opposition Marwan Hamadé qui a estimé « probable la réussite du plan militaire à Tripoli ».

Tell Kalakh : ajournement de l’escalade
Il reste l’élément le plus important à considérer : l’affaire des quatorze combattants sunnites tués à Tell Kalakh par l’armée syrienne le 30 novembre, ce qui avait provoqué immédiatement le renouvellement des accrochages à Tripoli. Hier néanmoins, les familles des jeunes Libanais tués et disparus à Tell Kalakh ont décidé d’ajourner l’escalade qui avait été prévue aujourd’hui, « au regard des circonstances sécuritaires difficiles à Tripoli ».


Rappelons que les autorités syriennes ont accepté de rapatrier les corps des combattants, plusieurs jours après le début des heurts au Nord. Les trois premières dépouilles mortelles ont été amenées à la frontière dimanche, puis remises à leurs familles. Selon une source officielle libanaise, les autorités syriennes ont informé Beyrouth que trois membres du groupe islamiste libanais infiltré en Syrie ont survécu à l’embuscade du 30 novembre et qu’ils sont actuellement interrogés. Les parents des 11 autres victimes ont averti l’État qu’ils auraient recours à des actions d’obstruction, telles que la fermeture de routes, pour faire pression sur l’État et obtenir plus rapidement la restitution des corps de leurs enfants. La Syrie a annoncé, pour sa part, sans donner de raison valable, qu’elle remettrait les corps des victimes en trois étapes.


Hier, seuls les associations civiles et les dignitaires de la ville ont manifesté dans la rue, exprimant leur refus de « prendre Tripoli en otage et de maintenir le chaos sécuritaire » et appelant à « imposer l’autorité de l’État » dans la ville.

 

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Le Conseil national de sécurité a en effet décidé dimanche d’un déploiement parallèle et simultané de la troupe dans les deux quartiers après les heurts de la semaine dernière qui ont fait au total 19 morts et des dizaines de blessés. La troupe a donc effectué hier des patrouilles dans la rue de Syrie qui sépare Bab el-Tebbaneh (à majorité sunnite et antirégime syrien) et Jabal Mohsen (à majorité alaouite et pro-Assad) ainsi que sur l’autoroute principale qui relie Tripoli au Akkar, plus au nord. Des points de contrôle et des barrages...
commentaires (1)

L'apprentissage d'une résistance n'est qu'à ce prix, le sud a déjà mangé son pain noir et a beaucoup appris de ce que c'est de combattre un envahisseur beaucoup plus criminel que ça. Encore heureux que le nord n'ai pas connu des camps de concentration ( nsar), de prison de tortures ( khiam), de déplacement de populations, d'humiliations au quotidien par des sheck point etc...des enlèvements arbitraires etc...

Jaber Kamel

08 h 37, le 11 décembre 2012

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Commentaires (1)

  • L'apprentissage d'une résistance n'est qu'à ce prix, le sud a déjà mangé son pain noir et a beaucoup appris de ce que c'est de combattre un envahisseur beaucoup plus criminel que ça. Encore heureux que le nord n'ai pas connu des camps de concentration ( nsar), de prison de tortures ( khiam), de déplacement de populations, d'humiliations au quotidien par des sheck point etc...des enlèvements arbitraires etc...

    Jaber Kamel

    08 h 37, le 11 décembre 2012

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