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À La Une - Syrie

L'aéroport de Damas dans la ligne de mire des rebelles

Craintes d’une offensive majeure près de la capitale ; polémique autour des armes chimiques du régime.

Des rebelles syriens manifestent, dans le quartier al-Fardos, à Alep, le 7 décembre 2012. AFP/ODD ANDERSEN

Les rebelles syriens ont proclamé hier « zone militaire » et « cible légitime » l’Aéroport international de Damas, mettant en garde les civils et les compagnies aériennes sur les risques encourus s’ils s’en approchaient. « Les brigades de la rébellion qui assiégeaient l’aéroport ont décidé hier (jeudi) qu’il était une cible légitime », a indiqué un porte-parole du Conseil militaire rebelle de Damas, Nabil al-Amir. « L’aéroport regorge à présent de véhicules blindés et de soldats (...) Les civils qui s’en approcheront le feront à leurs risques et périls », a-t-il ajouté, sans préciser ce qu’il se passerait en cas d’atterrissage d’un appareil. Les rebelles ont attendu près de deux semaines que les civils et les compagnies aériennes quittent l’aéroport avant de le désigner comme cible, a-t-il ajouté. Le blocus des accès menant à l’aéroport, situé à 20 kilomètres du centre-ville, porterait un coup symbolique au régime.


Entre-temps, l’armée syrienne massait hier des renforts à la périphérie de Damas, où les militants redoutaient un assaut d’envergure. Le régime cherche à reconquérir un rayon de huit kilomètres autour de la capitale, qu’il veut à tout prix conserver pour être en position de négocier une issue au conflit, selon des experts. L’armée pourrait ainsi déclencher une nouvelle étape, en envoyant ses troupes et ses blindés au sol dans la banlieue de Damas qu’elle bombarde sans répit avec son artillerie et ses avions depuis plusieurs jours. À Damas même, les quartiers sud étaient également visés par des bombardements de l’armée, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Au moins 54 morts
Dans le nord-est du pays, après 10 jours d’accalmie, les combats ont repris à Ras al-Aïn, entre des rebelles, en majorité des islamistes radicaux du Front al-Nosra, et des combattants kurdes, très présents dans la région. Au sud, l’armée jordanienne a annoncé avoir riposté après qu’un soldat de son côté de la frontière eut été blessé par une balle perdue venue de Syrie. Sur le même diapason, l’ONU a décidé de renforcer la sécurité de sa mission d’observation sur le Golan après plusieurs incidents dus au conflit en Syrie, a indiqué le patron des opérations de maintien de la paix des Nations unies, Hervé Ladsous. Au total, les violences ont fait hier au moins 54 morts – 15 civils, 15 militaires et 24 rebelles –, selon un bilan provisoire de l’OSDH.


Parallèlement, comme chaque vendredi depuis mars 2011, des milliers de Syriens ont manifesté contre le régime, pour une mobilisation placée cette semaine sous le slogan « Non aux forces de maintien de la paix en Syrie », une idée évoquée par l’émissaire international Lakhdar Brahimi et dont les rebelles redoutent qu’elle les prive d’une victoire. « Il ne s’agit pas de forces de maintien de la paix, mais de forces de maintien du régime », affirmait ainsi une pancarte brandie à Houla.

 

(Lire aussi : Mieux armés et plus disciplinés, les jihadistes montent en puissance à Alep)


En outre, l’opposition syrienne a appelé le monde à agir avant la « catastrophe » que représenterait l’utilisation d’armes chimiques par le régime. Ainsi, face à l’impasse diplomatique pour régler le conflit pacifiquement, George Sabra, chef du Conseil national syrien, principale composante de la Coalition de l’opposition, a réclamé « des actes et pas seulement des paroles », en particulier face aux armes chimiques qui menacent, selon lui, « la sécurité mondiale ». La communauté internationale a multiplié ces derniers jours les mises en garde à Damas, alors que des responsables américains affirmaient que l’armée avait chargé des bombes avec du gaz sarin. Mais la Syrie a toutefois assuré qu’elle n’utiliserait jamais, « si elle en possède », d’arme chimique contre son peuple. Moscou, grand allié du régime Assad, a de son côté implicitement reconnu l’existence de ces armes, affirmant qu’elles étaient « sous contrôle étroit », au moment où le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, prévenait qu’y recourir serait un « crime scandaleux ». Et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a demandé à Damas de signer la convention sur l’interdiction de ce type d’armes, faisant état de « graves préoccupations » quant à l’éventuelle utilisation de ce type d’armes.

 

(Repère : La panoplie d’agents chimiques de Damas "est assez robuste")


D’autre part, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a souhaité une « action concertée » de « tous ceux qui ont de l’influence en Syrie », au lendemain d’une réunion infructueuse à Dublin avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, et l’émissaire international Lakhdar Brahimi. Ce dernier a reconnu « qu’aucune décision sensationnelle » n’avait été prise lors de cette réunion, les parties s’entendant sur un seul point : « la situation est mauvaise ». Pour sa part, le chef de la nouvelle Coalition de l’opposition, Ahmad Moaz al-Khatib, sera reçu lundi à Bruxelles par les 27 ministres européens des Affaires étrangères, a-t-on appris de sources diplomatiques. Sur le plan humanitaire, M. Ban, qui a visité hier un camp de réfugiés syriens dans le sud-est de la Turquie, a estimé insuffisante l’aide aux centaines de milliers de déplacés. Enfin, en Turquie encore, des missiles Patriot doivent être prochainement déployés à la frontière avec la Syrie. Les Pays-Bas ont ainsi décidé hier d’envoyer « à court terme » deux batteries de missiles, accompagnées de 360 soldats au maximum.

 

Reportage

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