Un manifestant hostile au président égyptien monte sur un poteau lors des manifestations au Caire le 7 décembre 2012. AFP PHOTO/GIANLUIGI GUERCIA
Le président égyptien Mohamed Morsi "pourrait accepter de reporter le référendum" sur le projet de Constitution qui divise le pays s'il a l'assurance que ce report ne rendra pas le texte caduc, a déclaré vendredi à l'AFP le vice-président Mahmoud Mekki.
M. Morsi est prêt à considérer un report du référendum si l'opposition garantit qu'elle ne remettra pas en cause la consultation à venir sur le motif que le scrutin doit se tenir, selon la loi, deux semaines après la présentation du texte au chef de l'Etat, a expliqué M. Mekki.
L'impasse politique en Egypte s'est aggravé vendredi avec le refus de l'opposition de participer à un dialogue proposé par le président islamiste Mohamed Morsi. Le Front du salut national (FSN), la principale coalition de l'opposition présidée par le Prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, a indiqué dans un communiqué son "refus de participer au dialogue proposé par le président demain samedi". L'offre de M. Morsi ne présente pas les bases "d'un dialogue véritable et sérieux", a estimé le Front, en demandant de nouveau l'annulation d'un décret par lequel le président s'est attribué des pouvoirs exceptionnels et du référendum prévu le 15 décembre sur un projet de Constitution très contesté.
L'opposition dénonce une dérive autoritaire de M. Morsi, son décret mettant à l'abri de tout recours en justice ses décisions ainsi que la commission constituante accusée d'être largement dominée par les islamistes. Elle demande aussi l'abandon du référendum sur le projet de Constitution, accusé entre autres d'offrir peu de garanties pour les libertés d'expression et de religion.
Dans un discours au ton offensif jeudi soir, M. Morsi a campé sur sa position, maintenant décret et référendum tout en appelant l'opposition à un dialogue samedi. "Nous respectons la liberté d'expression pacifique, mais nous ne laisserons jamais personne participer à des meurtres et à des actes de sabotage", a-t-il martelé.
Al-Azhar, la plus haute autorité de l'islam sunnite, a pourtant demandé jeudi au président de suspendre son décret pour sortir de l'impasse. Le président américain Barack Obama lui a pour sa part téléphoné pour lui faire part de sa "profonde inquiétude" à propos des violences meurtrières.
"Vendredi du carton rouge"
Sur le terrain, des manifestants protestant contre le président égyptien Mohamed Morsi ont franchi vendredi une barrière de fils barbelés érigée devant le palais présidentiel au Caire, mais des soldats les ont empêchés d'entrer dans le complexe, selon une journaliste de l'AFP.
Plus de 10.000 personnes s'étaient réunies sur une place devant le palais, où des chars sont déployés. Certains ont tagué des graffitis sur des murs extérieurs du palais, proclamant "Dégage" à l'encontre du président islamiste.
La journaliste de l'AFP n'a fait état d'aucune violence, mais la tension était palpable alors que des affrontements entre pro et anti-Morsi au même endroit ont fait sept morts et plus de 600 blessés dans la nuit de mercredi à jeudi.
Plusieurs chars de l'armée étaient stationnés sur la place et aux alentours mais les soldats n'ont fait aucun geste en direction des protestataires, certains d'entre eux montant sur les chars pour fraterniser avec les militaires.
La foule a aussi scandé "Nous voulons voir la chute du régime", un slogan très populaire lors de la révolte qui a provoqué la chute du président Hosni Moubarak en février 2011.
Certains manifestants ont encore traité M. Morsi de "mouton", l'accusant d'être inféodé aux Frères musulmans, le mouvement dont il est issu.
Vendredi matin, les abords de la présidence à Héliopolis, en banlieue du Caire, avaient l'apparence d'un véritable camp retranché. Toutes les rues menant au palais étaient barrées par des barbelés et gardées par de nombreux soldats et policiers anti-émeutes.
"Ni décret, ni Constitution, tout le régime doit dégager", scandaient certains manifestants lors de cette journée intitulée "Vendredi du carton rouge". "Le peuple veut la chute du régime!", "Dégage!", criaient d'autres en traversant les rues du Caire à pied, appelant les badauds et les habitants les observant depuis leur balcon à descendre. Ces scènes et ces slogans rappelaient la révolte populaire de début 2011 contre Hosni Moubarak.
Des manifestations hostiles au président avaient aussi lieu sur la place Tahrir, dans le centre du Caire, à Hourghada, sur la mer Rouge, et à Qena (sud), selon des témoins. Alexandrie, la grande ville du nord du pays, était pour sa part le théâtre de rassemblements rivaux.
La grave crise politique qui divise le pays depuis l'annonce du décret sur les pouvoirs présidentiels le 22 novembre a dégénéré en affrontements entre pro et anti-Morsi devant le palais présidentiel dans la nuit de mercredi à jeudi, au cours desquels sept personnes ont été tuées et des centaines blessées.
Les funérailles de certaines des victimes, des partisans du président selon les Frères musulmans, ont été organisées à la mosquée Al-Azhar, au Caire, en présence de Mohammed Badie, le Guide suprême de la confrérie dont est issu le président.
"L'Egypte demande que les Frères (musulmans) soient jugés pour le meurtre de manifestants", proclamait le quotidien indépendant Al-Tahrir. Le journal des Frères musulmans "Liberté et Justice" titrait de son côté sur "Les martyrs... et les meurtriers", au-dessus d'une photo de trois victimes des violences et des trois principaux leaders du FSN, M. ElBaradei, l'ex-chef de la Ligue arabe Amr Moussa et Hamdeen Sabbahi, ex-candidat à la présidence.
Ces derniers jours, des anti-Morsi ont saccagé ou incendié des locaux de la confrérie islamiste dans plusieurs villes. Des manifestants ont tenté jeudi soir de pénétrer dans son QG au Caire avant d'être repoussés par la police.
Pour mémoire
La tribune de Omar Ashour : Le dictateur démocratique de l’Égypte ?
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10 h 18, le 07 décembre 2012