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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Les joies simples de décembre

Rien à signaler...et rien de plus létal que cette prudente inertie. Nous avons bien sept morts à Tripoli sur la question syrienne, mais partout ailleurs les passions se sont calmées. Trop de mort tue la mort. Les vidéos de massacres postées sur YouTube ne trouvent plus de public et les dernières victimes en date n’émeuvent hélas plus grand monde. Les exhortations du président de la République à rester neutres vis-à-vis de cette crise sont inutiles, si elles s’adressent au Libanais de base. Pour ceux qui ont un intérêt électoral dans l’affaire, c’est une autre question. Dans l’attente, qui s’annonce bien longue et mouvementée, d’une issue à la tragédie qui se déroule quasiment à ses frontières, le Liban semble déboussolé.


Rarement, le marché en témoigne, les fêtes de fin d’année auront été accueillies avec autant d’indifférence. Les commerces ont beau hausser le volume sur les scies de la saison, c’est à peine si les enfants eux-mêmes y adhèrent. Cette lassitude ne peut être mise sur le seul compte de la crise économique. C’est toute une ambiance qui est en cause, et d’abord ce côté machinal de la joie à tout prix qui a forcément du mal à prendre. Il ne suffit pas de ressortir les décorations de rue de l’année dernière – qui n’étaient déjà pas très heureuses avec leurs étoiles indigo – pour donner l’impression de marquer le coup, encore moins de rediffuser en boucle, à tue-tête (comme on tue en explosant la tête) et ad nauseam, une hideuse playlist de Noël si usée qu’elle en crachouille. Ce goût de réchauffé, la preuve, n’enthousiasme personne. Mais il ne s’agit pas non plus de casser les tirelires municipales déjà mitées pour plus d’une raison. L’émotion n’est pas une question de finances. Pour tout organisateur de fêtes, il s’agit seulement d’y croire, de le vouloir, d’être vrai, de proposer des joies simples et authentiques qui donnent envie d’offrir et de recevoir, de rire et de danser, non pas pour la mécanique du geste mais pour faire briller d’autres yeux et participer à un événement collectif générateur de joie.


Mais tout se passe comme si nous avions perdu le vrai sens de la joie ou le sens de la vraie joie, ce qui revient au même. Ce n’est pas l’usure comme on pourrait le croire. Au plus fort de nos guerres, nous n’avons jamais été blasés, nous n’avons jamais laissé passer une fête, une célébration traditionnelle sans dûment l’honorer, quels que soient nos moyens. Disons que c’est l’ennui qui rend le marché aussi morose. Pire, la facilité, l’absence d’initiative et de créativité sont les principaux ingrédients du vulgaire. Il nous reste quelques jours pour élever le niveau. Qu’on se le dise, personne ne voudra franchir le seuil de 2013 avec le sentiment d’avoir vécu une année en toc, fer-blanc et bonnet de nuit.

Rien à signaler...et rien de plus létal que cette prudente inertie. Nous avons bien sept morts à Tripoli sur la question syrienne, mais partout ailleurs les passions se sont calmées. Trop de mort tue la mort. Les vidéos de massacres postées sur YouTube ne trouvent plus de public et les dernières victimes en date n’émeuvent hélas plus grand monde. Les exhortations du président de la République à rester neutres vis-à-vis de cette crise sont inutiles, si elles s’adressent au Libanais de base. Pour ceux qui ont un intérêt électoral dans l’affaire, c’est une autre question. Dans l’attente, qui s’annonce bien longue et mouvementée, d’une issue à la tragédie qui se déroule quasiment à ses frontières, le Liban semble déboussolé.
Rarement, le marché en témoigne, les fêtes de fin d’année auront été...
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