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Juste colère

C’est à de magnifiques démonstrations de courage et de persévérance que se livrent, jour après jour, des peuples que l’on croyait irrémédiablement soumis, qui ont soudain été touchés par la grâce du printemps arabe et qui ont crevé le mur de la peur : la palme revenant sans conteste au peuple de Syrie qui, depuis plus d’un an et demi, affronte obstinément la plus effroyable, la plus barbare des répressions.

 

D’Égypte nous est offert un modèle différent de résistance, mais non moins digne de respect. Car ce ne sont plus les dictatures classiques, mais les déconvenues et dérives du printemps arabe lui-même qui désormais font problème sur la terre des pharaons. À peine détrôné un tyran, c’est un autre, en effet, qui le remplace : tyran plus redoutable encore car reniant, aussitôt installé, les mêmes principes et valeurs démocratiques qui l’ont hissé au pouvoir. En fait d’autoritarisme, l’islamiste Mohammad Morsi, qui s’est vu contraint de déserter hier sa résidence officielle assiégée par les manifestants, aura même surpassé son prédécesseur Hosni Moubarak. Après s’être cavalièrement octroyé tous les pouvoirs, c’est en effet un projet de Constitution taillée à sa mesure qu’il se propose de soumettre dans quelques jours à référendum.


De toutes les forces libérales égyptiennes qui se sont élevées contre ce projet, se détache fort honorablement la caste des magistrats, lesquels sont censés être d’ailleurs les vigilants gardiens de la justice et du droit. Que ces justes n’aient pas reculé devant une scission de la corporation pour contrer la folie des grandeurs de Morsi ne leur confère que plus de mérite. Car si l’on parle couramment de magistrature debout (le ministère public) et de magistrature assise (les juges), reste hélas cette troisième catégorie, solidement représentée dans les divers pays de la région, et qui est platement couchée, elle, aux pieds des puissants.


De leurs procureurs et juges, les Libanais n’attendent pas (pas encore ?) une fronde à l’égyptienne. Ils escomptent seulement indépendance et intégrité bien sûr, mais aussi initiative, détermination et diligence dans le suivi. Ils attendent qu’on leur explique pour quelle raison la machine judiciaire est si poussive au démarrage dans des affaires aussi urgentes que celles ayant trait à la sécurité, attentats et tentatives d’attentats. Ils déplorent qu’à leur tour, des dossiers presque aussi importants, tels les effondrements d’immeubles dus à la négligence, le commerce de viandes avariées, les médicaments frelatés et la falsification des licences de pharmacie soient traités avec la même nonchalance, laquelle permet aux coupables de s’évanouir dans la nature. Ils s’étonnent enfin que la justice n’ait pas jugé nécessaire d’aller voir ce qui se passe aux douanes où la milice règne en maître, important à bout de bras les marchandises les plus diverses et spoliant tout à la fois, au prétexte d’effort de guerre, l’État et les honnêtes commerçants.


Quand s’étale de la sorte la pourriture, c’est de son propre chef, et sans qu’elle y soit expressément invitée, que se doit d’agir la justice. Son glaive, que l’on sache, n’a pas de fourreau.

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

C’est à de magnifiques démonstrations de courage et de persévérance que se livrent, jour après jour, des peuples que l’on croyait irrémédiablement soumis, qui ont soudain été touchés par la grâce du printemps arabe et qui ont crevé le mur de la peur : la palme revenant sans conteste au peuple de Syrie qui, depuis plus d’un an et demi, affronte obstinément la plus effroyable, la plus barbare des répressions.
 
D’Égypte nous est offert un modèle différent de résistance, mais non moins digne de respect. Car ce ne sont plus les dictatures classiques, mais les déconvenues et dérives du printemps arabe lui-même qui désormais font problème sur la terre des pharaons. À peine détrôné un tyran, c’est un autre, en effet, qui le remplace : tyran plus redoutable encore car reniant, aussitôt installé, les...