Une vue générale de la tribune érigée à l’occasion du quarantième de Wissam el-Hassan.
Plusieurs orateurs du courant du Futur se sont succédé hier à la tribune de la Foire internationale Rachid Karamé, à Tripoli, pour fustiger le gouvernement en place, le Premier ministre, la Syrie de Bachar el-Assad, le 8 Mars et en particulier le Hezbollah, avec lequel le point de non-retour paraît désormais franchi.
L’occasion était le quarantième de la mort du général Wissam el-Hassan, qui a succombé à l’attentat perpétré à Achrafieh le 19 octobre dernier. Le choix de Tripoli s’imposait du fait d’abord que l’officier martyr était originaire d’un village sunnite du Koura, au Liban-Nord, et ensuite de la volonté apparente de défier le chef du gouvernement, Nagib Mikati, sur ses propres terres.
De nombreux responsables et partisans du courant du Futur et des représentants des autres formations du 14 Mars ont pris part à la cérémonie qui a débuté par un film documentaire sur la vie de Wissam el-Hassan, ancien chef des SR des FSI.
Avant le défilé, des députés et dirigeants du Futur à la tribune, la famille de Wissam el-Hassan s’est exprimée par la bouche du frère de la victime, Siraj. Ce dernier s’est demandé où sont les résultats de l’enquête et affirmé avoir eu écho de certains dires du genre : « Nous attendrons le moment opportun », ou encore : « Il nous faut être prudents par souci du maintien de la paix civile. »
« Le vase a débordé », a lancé Siraj el-Hassan, reprochant implicitement au gouvernement d’être responsable de ce retard. « Nous n’accusons personne, mais ce sont eux-mêmes qui se désignent coupables », a-t-il dit dans une allusion au 8 Mars.
Prenant ensuite la parole, le député de Beyrouth Nohad Machnouk a été l’un des plus virulents de tout le meeting. « Il y a deux appels au dialogue à la mode ces jours-ci », a-t-il constaté : « Le premier, en Syrie, est lancé par-dessus les cadavres de 40 000 martyrs jusqu’ici dans le but de réhabiliter le régime de la tyrannie, de l’oppression et de l’injustice ; et l’autre, au Liban, par-dessus le sang de Wissam el-Hassan .» Pour M. Machnouk, « il y a un dénominateur commun entre les deux, c’est la reddition au meurtrier. Mais cela n’aura pas lieu, quel qu’en soit le prix ».
« Non, Monsieur le président (Michel Sleiman), ne nous placez pas face au mur du dialogue. Nous n’y retournerons qu’après la démission de ce gouvernement du meurtre et seulement sous une thématique unique : Non aux armes qui ne sont pas sous les ordres de l’État », a-t-il dit.
Interpellant le président de la Chambre, Nabih Berry, M. Machnouk a lancé : « Il ne reste plus dans la cuillère de la résistance que le poison iranien. Est-ce cela que souhaitent les chiites que vous représentez ? »
Au chef du PSP, Walid Joumblatt, le député de Beyrouth a décoché quelques flèches, parodiant des propos que ce dernier a tenus lors de sa récente conférence de presse. « Nous ne savons plus sur quelle rive il nous faudra attendra le corps de notre ennemi, à supposer même que nous retrouvions cette rivière dont vous parlez. La nôtre, c’est celle qui charrie le droit, la justice et la dignité. Sur ses rives, il n’y a pas de compromis sous prétexte d’une stabilité que ni vous ni nous ne parvenons à trouver dans cette politique d’élimination nationale et de liquidation physique. »
Nettement plus sévère envers le Premier ministre, M. Machnouk lui a lancé : « Assez de centrisme ! Il n’y a pas de moitié d’opinion ni de moitié de position, pas de centre entre le criminel et la victime, entre la vérité et le mensonge. N’êtes-vous point fatigué de viser le centre entre le non et le oui et de promouvoir un demi-patriotisme, une demi-dignité et une demi-justice ? »
Et d’ajouter : « Les gens de Tripoli vous le demandent aujourd’hui, Monsieur le Premier ministre. Que vous a donc fait le public de Rafic Hariri pour que vous ne le gratifiiez que de traîtrise ? »
Et, enfin, face au secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, M. Machouk s’est littéralement déchaîné : « En toute simplicité, nous vous le disons. Nous ne voyons dans votre littérature politique que l’insulte, l’injustice et l’oppression. Vous insistez pour nous dire que l’histoire ne s’écrit qu’avec votre doigt levé face à nous et que l’État ne saurait être qu’un îlot d’insécurité pour vos armes et pour les crimes et les arrogances commis au nom de ces armes. Mais nous ne laisserons pas à votre doigt armé le droit exclusif d’écrire l’histoire du Liban. »
Et encore : « Vous avez fait du sang la base de l’entente entre vous et la grande majorité des Libanais depuis l’assassinat de Rafic Hariri. Mais ils sont terminés, les jours où nous embrassions la main du criminel. Désormais, nous briserons les bras qui attenteront à notre dignité, notre sécurité et notre stabilité. »
Fatfat fustige la « justice craintive »
Quasiment aussi virulent, le député Ahmad Fatfat s’est adressé en ces termes à Wissam el-Hassan : « C’est toi, le plus honorable des hommes et c’est toi, la vraie résistance. C’est toi qui as protégé le Liban, pas eux. Eux sont la résistance falsifiée, la milice qui ne vise que le pouvoir et qui a donné naissance à ses côtés et en son sein à des mafias multiples, la mafia des ports, la mafia des médicaments, la mafia des télécoms. » Et de poursuivre : « Voilà notre réalité et après cela, on nous dit d’aller au dialogue. Mais de quel dialogue parlons-nous, celui du mensonge et de la supercherie? Voilà six ans et demi que nous entendons des mensonges : ils acceptent le tribunal international, puis ils changent d’avis, ils avalisent le tracé de la frontière avec la Syrie, puis ils reculent, ils disent oui au désarmement des Palestiniens hors des camps, puis ils font semblant d’oublier (...). Tout en étant familier de ces mensonges, nous avons par respect pour le chef de l’État satisfait sa demande de retourner à la table de dialogue en juin dernier. Cela a débouché sur la Déclaration de Baabda. Quelques semaines plus tard, ils ont reconnu avoir dépêché des combattants en Syrie et, faisant fi de toute stratégie défensive du Liban, ils ont servi la stratégie iranienne en envoyant le drône Job (au-dessus d’Israël). »
« Voilà donc un parti iranien de structure, de pensée, d’entraînement, d’armement et de doctrine, un parti qui veut imposer une tutelle iranienne sur le Liban et transformer ce pays en base iranienne avancée », a encore lancé M. Fatfat.
Reprochant par ailleurs à la justice ses hésitations dans l’affaire Samaha, M. Fatfat a dit : « Nous avions une justice assise et une justice debout. Nous avons aujourd’hui une justice craintive. Cela est devenu inacceptable. Le juge qui a peur de prendre une décision devrait se retirer. On nous avait dit qu’en doublant le salaire des magistrats, on allait améliorer le rendement de la justice. Il est revenu en arrière, parce que la justice a peur de la milice mafieuse. »
À son tour, le député Mohammad Kabbara, habitué des philippiques contre le Hezbollah, est resté fidèle à lui-même : « Disons-le de façon très claire. Notre cause est de mettre un terme au meurtre et de punir les meurtriers. Renverser le gouvernement est un détail dans le processus devant mener à la sanction des assassins. Et que tout le monde le sache : après la chute de ce gouvernement, nous ne participerons à aucun gouvernement aux côté des meurtriers », a-t-il lancé.
M. Kabbara a répété cet engagement à plusieurs reprises dans son discours. « L’ère des compromis à la Doha est à jamais révolue », a-t-il dit.
Et d’ajouter : « Nous n’accepterons plus que les assassins soient des bandits au sein de l’administration. Ils volent les revenus des ports et ceux des carburants ; ils volent l’électricité, ils fabriquent de faux médicaments, ils importent des aliments avariés et falsifient les diplômes de pharmaciens. »
« Nous ne nous contenterons pas de sortir du gouvernement ceux qui protègent les assassins. Nous voulons aussi les juger et les punir, conformément à la loi. C’est comme cela que la justice sera faite et sans justice, il n’y aura pas de stabilité. Nous ne voulons plus de la stabilité dans l’humiliation, la soumission et l’injustice », a-t-il martelé.
Enfin, dernier à monter sur la tribune, le secrétaire général du Futur, Ahmad Hariri, a promis à son public une « victoire écrasante » du 14 Mars sur ses adversaires aux prochaines législatives.
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