La violence politique. On a beau le savoir, cela fait du bien d’entendre le nom du mal, prononcé par une organisation internationale telle que le World Justice Project. Le Liban souffre de violence politique. À part ça, le ciel est bleu. L’air est frais, juste ce qu’il faut. Au seuil de décembre, nous faisons partie des privilégiés de la terre qui peuvent constater, le nez en l’air et les manches relevées : le ciel est bleu, il fait soleil. Dans les rues en pente, une eau résiduelle ondule comme un ruban doré. Il a plu. On a étrenné un chandail, juste pour dire. C’est l’hiver. Il pleuvra encore, bien sûr. De nouveau, un peu plus tard, les murs exhaleront leur parfum moussu à la lumière de midi. Le Liban est un pays où il fait bon vivre. La terre y est généreuse et les saisons sont douces. Et puis la mer, à nos bords. La mer nous borde, apporte les brises du large comme on ouvre la fenêtre dans la chambre d’un malade. Car malades, nous le sommes. D’inquiétude ou pire, de ne plus savoir ce qu’est la quiétude.
Pourtant, la vie aurait pu être tranquille. Elle l’a souvent été. Nous aurions eu un semblant de sécurité, un peu moins l’angoisse du lendemain, du chômage, des enfants qui partent, des frais de santé, nous aurions eu des services publics moins pourris, tout aurait été parfait. Nous rêvons de tout cela, mais l’avons-nous jamais demandé ? Nos revendications se sont toujours réduites à des augmentations de salaires qui n’ont jamais rien résolu puisqu’elles étaient systématiquement reportées sur notre pouvoir d’achat. Sans la violence politique, le pays serait prospère et les gens moins inquiets. Nous avons beau nous consoler de notre précarité en répétant après Michel Chiha qu’elle est « une chance pour l’intelligence », nous n’y trouvons pas de solution. À croire que nous avons toutes les intelligences sauf celle de nous extraire de nos atavismes communautaires, confessionnels et féodaux. De la violence politique que nous alimentons comme une mauvaise habitude.
Le président de la Biennale de Venise, Paolo Baratta, qui se trouvait à Beyrouth, confiait que sa volonté d’internationaliser la Biennale découlait de l’idée que l’ouverture au monde permet de se libérer du poids de l’histoire. Ceux qui n’ont pas connu la tristesse des longues années de guerre ne savent pas ce que c’est que de ne jamais entendre une langue étrangère, jamais croiser un voyageur dans nos rues. Ouvrons-nous au monde, rendons notre pays plus fréquentable. Poussons le mimétisme jusqu’à nous offrir un exécutif de technocrates et de managers apolitiques. Une version maison du gouvernement Monti. Respirons enfin. Nous avons tout pour être heureux.


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