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Au secrétariat des écoles catholiques et orthodoxes... avec respect

28/11/2012

C’est en ma double qualité de journaliste et de membre du comité des parents de l’une des écoles catholiques les plus en vue de Beyrouth que j’adresse très respectueusement ces quelques lignes au secrétariat général des écoles catholiques, mais aussi aux directions des « écoles orthodoxes de Beyrouth », ainsi que, d’une manière générale, aux administrations de certains établissements privés dans diverses régions périphériques.


Dans des communiqués séparés publiés lundi, le secrétariat général des écoles catholiques ainsi que « les écoles orthodoxes de Beyrouth » soulignaient qu’ils n’étaient pas « concernés » par la grève générale décidée par le syndicat des enseignants, qu’ils y étaient « opposés » et que les cours seraient par conséquent normalement assurés. Avec tout le respect que l’on doit à ces deux instances, force est de relever que cette prise de position constitue rien moins qu’une attitude de profond mépris à l’égard du corps professoral. Un manque total de respect pour les enseignants...


Nous nous limiterons, pour illustrer notre propos, au cas du secrétariat général des écoles catholiques qui représente l’autorité religieuse en charge, moralement, des écoles privées qui relèvent de lui. À ce titre, cette instance est parfaitement en droit de contester et de dénoncer les revendications du corps professoral, en avançant toutefois des arguments et des chiffres pour convaincre et défendre son point de vue. Mais elle n’est nullement habilitée à décider du sort d’une grève en lieu et place des enseignants. Une grève des enseignants est une grève des enseignants, et non de la direction ou de l’autorité morale dont relèvent les établissements. Par voie de conséquence, il revient aux seuls enseignants de se prononcer sur l’opportunité ou non d’observer un mouvement de débrayage.

 

(Lire aussi : Les enseignants dans certaines écoles privées soumis aux pressions de la direction pour renoncer à la grève)


Il s’agit là d’une question de principe qui dépasse largement toute considération conjoncturelle. Car agir comme l’ont fait le secrétariat des écoles catholiques et les écoles orthodoxes, en faisant fi des motions votées par les enseignants lors d’assemblées générales, revient à saper le fondement même de l’action syndicale dans le pays. Les écoles catholiques et orthodoxes – puisqu’il s’agit là de ces établissements – ont pour vocation au Liban de promouvoir certaines valeurs, certains principes pédagogiques. Des valeurs citoyennes, basées sur la justice, le respect de l’autre, dans un pays que l’on veut civilisé et développé. Or dans un pays civilisé, les relations entre les partenaires sociaux sont régies par un juste équilibre, par un dialogue permanent et ouvert, entre des relais sociaux qui ne sont autres que les organisations professionnelles, les organismes économiques et les mouvements syndicaux. Balayer de la main, par une attitude de mépris, une décision syndicale prise démocratiquement équivaut à saboter purement et simplement les valeurs mêmes et les fondements pédagogiques que les écoles catholiques et orthodoxes ont pour mission d’inculquer aux élèves pour édifier la société à laquelle ces établissements aspirent.


Quant aux parents, certains d’entre eux mènent, en outre, campagne contre le mouvement enclenché par les enseignants, arguant du fait que « nous avons payé la scolarité » et que de ce fait, « nous n’acceptons pas un arrêt de travail ». À ce niveau aussi, une telle attitude remet en cause les valeurs fondamentales dont devraient être imprégnés nos enfants ; des valeurs dont le respect de l’action syndicale – indispensable pour l’équilibre des rapports entre partenaires sociaux – constitue l’un des piliers essentiels. Sans compter que c’est précisément parce que « la scolarité a été versée » – et sur base de montants non négligeables – qu’il faut éviter de brimer les enseignants, éviter de leur faire sentir que leurs droits sont négligés, voire bafoués. Car un enseignant soumis à une gêne socio-économique croissante et permanente est indubitablement démobilisé, et c’est la qualité et la régularité de l’enseignement qui en pâtissent.


Certes, les comités des parents sont en droit d’argumenter et de défendre leur point de vue face aux revendications salariales du corps professoral, à l’instar de la direction et de l’autorité morale responsable des établissements scolaires. C’est précisément en engageant un dialogue respectueux de l’autre entre ces trois partenaires sociaux, et non pas en faisant preuve de mépris à l’égard des enseignants, qu’un équilibre harmonieux pourrait être atteint en tenant compte des intérêts des uns et des autres. Il ne s’agit là nullement d’une vision angélique des choses, mais bien au contraire d’une approche foncièrement pragmatique. Car il y va réellement des valeurs fondamentales et des principes pédagogiques de base que les écoles catholiques et orthodoxes – et d’une manière générale tout établissement scolaire – ont pour mission de promouvoir afin de former les générations montantes sur des bases saines et civilisées.

 

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