Un manifestant, place Tahrir, au Caire, lors de clashs avec la police, le 26 novembre 2012. REUTERS/Ahmed Jadallah
Le président égyptien Mohammad Morsi a maintenu hier le décret élargissant ses pouvoirs après une rencontre avec la hiérarchie judiciaire destinée à tenter de sortir de la plus grave crise depuis son élection. « Il n’y a pas de changement dans la déclaration constitutionnelle », a ainsi déclaré à la presse le porte-parole de M. Morsi, Yasser Ali, à l’issue d’une réunion du chef d’État avec le Conseil suprême de la justice. Mohammad Morsi a toutefois précisé aux juges que seules étaient irrévocables les décisions concernant les questions liées « à ses pouvoirs souverains ». Il a aussi réaffirmé, comme la veille, le caractère temporaire du décret, selon M. Ali.
Le ministre de la Justice Ahed Mekki avait laissé entendre avant la réunion que le président était disposé à restreindre le champ de ses décisions échappant à tout recours en justice. Mais avant même le début de la rencontre, une cour administrative du Caire a annoncé qu’elle allait examiner le 4 décembre des demandes d’annulation du décret controversé. Cette procédure défie les dispositions mêmes du décret présidentiel, qui interdit tout examen en justice des décisions du chef de l’État.
Le décret présidentiel annoncé jeudi permet également à M. Morsi, qui cumule déjà pouvoirs exécutif et législatif, de prendre toute disposition qu’il jugerait nécessaire pour « la défense de la révolution », une formulation vague qui, pour ses adversaires, ouvre la voie à une dérive dictatoriale. Human Rights Watch (HRW) a ainsi estimé que le décret ouvrait la voie à de possibles violations des droits de l’homme incontrôlées et portait atteinte à l’État de droit. M. Morsi a aussi décidé que la Haute Cour constitutionnelle ne pouvait plus examiner les recours déposés par de nombreux opposants contre la commission chargée de rédiger la future Constitution et dominée par les islamistes.
L’une des figures du camp laïque et libéral, Mohammad el-Baradei, a exigé une nouvelle fois hier, dans un entretien au journal indépendant al-Masry al-Youm, le « retrait pur et simple » des mesures de ce « président qui impose une dictature ».
Dans son décret, le président a demandé « de nouvelles enquêtes et jugements » dans les affaires de meurtres de manifestants lors de la révolte de 2011, faisant planer une menace sur certains hauts responsables militaires ou de la police, voire un nouveau procès pour Hosni Moubarak, actuellement en détention à perpétuité. Mais pour ce faire, le président « crée une nouvelle cour pour juger (...) des personnes en vertu de lois mal définies et trop générales datant du règne de Moubarak et qui ont historiquement permis des abus », souligne HRW.
Les partisans du président Morsi soulignent que ces pouvoirs doivent lui permettre de mettre en œuvre les réformes politiques, sociales et économiques indispensables pour réaliser les promesses portées par le soulèvement anti-Moubarak et abréger une période de transition jugée trop longue et chaotique.
Alors que les opposants au président ont appelé à une grande manifestation aujourd’hui, les Frères musulmans, la formation islamiste dont est issu M. Morsi, ont, eux, annulé une manifestation convoquée pour aujourd’hui, « pour éviter tout affrontement ou troubles », a déclaré Ahmad Sobei, membre du Parti de la liberté et la justice (PLJ), branche politique de la confrérie islamiste.
Place Tahrir au Caire, où un village de tentes est érigé depuis vendredi pour demander le retrait des mesures présidentielles, une banderole affirmait « Interdit aux Frères musulmans ».
Les partisans du président ont participé par ailleurs aux obsèques d’un jeune islamiste tué la veille dans des heurts à Damanhour, dans le delta du Nil, tandis que les anti-Morsi se sont rassemblés dans une mosquée de Tahrir pour les funérailles d’un militant mort dans la nuit de blessures reçues la semaine dernière. Selon le ministre de la Santé, 444 personnes au total ont été blessées dans les affrontements des derniers jours.
Dans ce contexte tendu, les programmes de la télévision publique égyptienne diffusés par satellite ont été perturbés dimanche soir. Un responsable de l’Union des radios et télévisions a indiqué que l’origine de la perturbation n’avait pas été identifiée.
Le ministre de la Justice Ahed Mekki avait laissé entendre avant la réunion que le président était disposé à restreindre le champ...


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