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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Au pas ? Faux pas !

La guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires, soutenait peu charitablement Georges Clémenceau. La guerre, peut-être bien ; mais la parade, la simple, banale et parfaitement inutile parade ?

 

C’est un jour ouvrable, et une heure des moins opportunes, que l’armée avait choisis, hier, pour boucler les entrées nord de Beyrouth afin de procéder tranquillement à la répétition du défilé militaire marquant, bon an mal an, l’anniversaire de l’Indépendance. On ne sait trop à quel génial gradé, spécialiste du bon lieu et du bon moment on doit cette délirante décision. Ce que l’on a pu très vite constater en revanche c’est qu’étaient battus, du coup, tous les records d’engorgement sur les routes et autoroutes visées. Ce n’est qu’après coup que l’on a fini par réaliser, au ministère de la Défense, que dans un pays ligoté par les clivages politiques et autres et déjà gravement menacé dans son économie, combien il était insensé de gaspiller tant d’heures de travail, rien que pour entraîner les troufions à marcher au pas. Pas de répétition pour aujourd’hui, nous promet-on ; mais de grâce, que l’on trouve bien vite quelque parade intelligente à cette parade du 22 novembre qui ne risque plus hélas d’emballer grand monde !

 

Tout patriote ne peut, bien sûr, que devoir respect et estime à une institution militaire vouée à la défense du pays et qui regroupe dans ses rangs les diverses familles spirituelles libanaises. Ce qui gêne, désole – irrite même – dans ces gesticulations pour l’Indépendance, c’est de voir le superflu prendre le pas sur l’essentiel. Car ce n’est pas en faisant défiler ses unités devant la tribune officielle, comme elle le fera encore demain, que l’armée peut espérer intimider un ennemi israélien surpuissant. Ou dissuader les incursions et autres agressions syriennes à travers la frontière. Ou encore intimider une milice qui lui dispute effrontément la première place, et non plus seulement en matière de défense.


Le Liban est ainsi fait que l’institution militaire y est forcément aussi une force de maintien de l’ordre et de la sécurité internes. L’armée est en permanence confrontée au dilemme que posent les deux impératifs de fermeté et de flexibilité, dilemme qui a donné naissance à la bizarre notion de sécurité à l’amiable. Or le souci de compromis peut dégénérer en démission comme on a été amené à le déplorer plus d’une fois durant ces dernières années. Et la flexibilité ne doit pas avoir pour principal mérite de consacrer Yarzé comme passage obligé pour Baabda.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

La guerre est une chose trop grave pour la confier à des militaires, soutenait peu charitablement Georges Clémenceau. La guerre, peut-être bien ; mais la parade, la simple, banale et parfaitement inutile parade ?
 
C’est un jour ouvrable, et une heure des moins opportunes, que l’armée avait choisis, hier, pour boucler les entrées nord de Beyrouth afin de procéder tranquillement à la répétition du défilé militaire marquant, bon an mal an, l’anniversaire de l’Indépendance. On ne sait trop à quel génial gradé, spécialiste du bon lieu et du bon moment on doit cette délirante décision. Ce que l’on a pu très vite constater en revanche c’est qu’étaient battus, du coup, tous les records d’engorgement sur les routes et autoroutes visées. Ce n’est qu’après coup que l’on a fini par réaliser, au...
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