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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Gaza et la bande

Depuis 2008, de Plomb durci à Pilier de défense, il n’y a pas que le nom de code donné aux rituelles expéditions punitives contre Gaza qui a changé, même si Israël paraît s’en tenir à peu près au même mode opératoire : un matraquage aérien de plusieurs jours préludant à une intervention des forces terrestres dont le rappel de milliers de réservistes laisse prévoir cependant qu’elle sera, cette fois, massive.

De ce remake annoncé, la distribution des rôles, si elle demeure fidèle au script original, accuse néanmoins l’épreuve du temps. À une administration Bush fin de règne mais endossant jusqu’au bout les violences israéliennes, a fait suite un Barack Obama tout juste réélu et théoriquement plus enclin que jamais à condamner tout abus. L’Égypte de Hosni Moubarak n’est plus, qui, il y a près de quatre ans, ne craignait pas de braver la colère du monde arabe en bloquant le passage de Rafah, s’associant ainsi au blocus israélien de la bande de Gaza. Installés au pouvoir, les Frères musulmans en expérimentent les douloureuses contraintes ; tenus de respecter les engagements du Caire découlant du traité de paix, ils ne sauraient néanmoins assister en spectateurs au massacre de leurs cousins (sinon leurs frères) idéologiques du Hamas, victimes, a affirmé le président Morsi, d’un véritable crime contre l’humanité.

À leur tour, les cousins de Palestine ne sont plus tout à fait ce qu’ils étaient. De là où ils avaient Damas pour sanctuaire, ses chefs ont rompu tout récemment les amarres avec la Syrie, devenue totalement méconnaissable, elle, depuis qu’elle a sombré dans la guerre civile. Ce divorce n’a fait sans doute qu’accroître la dépendance du Hamas envers Téhéran. En revanche, son arsenal a lui aussi pris du volume, avec ces missiles Fajr-5 que vient de lui livrer l’Iran et qui, pour la première fois depuis plus de deux décennies, se sont abattus sur le rivage de Tel-Aviv : développement que Hassan Nasrallah s’est empressé de saluer, le qualifiant de significatif.

On ne contredira pas sur ce point le chef du Hezbollah, sans pour autant le rejoindre dans ses conclusions et encore moins ses motivations. Car ce que révèle surtout cette escalade qualitative dans l’armement du Hamas, c’est la volonté de l’Iran de susciter un foyer de tension qui servirait, d’une part, à embarrasser les régimes arabes, y compris ceux issus du printemps du même nom mais qui sont trop absorbés par leurs propres problèmes intérieurs pour voler efficacement au secours des Palestiniens. D’autre part, les colonnes de fumée s’élevant de Gaza constituent autant d’écrans médiatiques susceptibles de reléguer au second plan de l’actualité le feu qui fait rage chez l’allié syrien. Mais n’est-ce pas ce que fait objectivement Benjamin Netanyahu lui-même quand il joue à fond l’escalade, quand il s’efforce de rameuter les Israéliens tambour battant, à quelques semaines des élections ?

Ce qui n’a rigoureusement pas changé – et là réside le plus terrible –, c’est le peu de cas que font uniformément les divers acteurs et manipulateurs du coût exorbitant en vies humaines (essentiellement palestiniennes comme de coutume) des manœuvres auxquelles ils se livrent. Plus de 1 400 morts à Gaza, presque autant qu’au Liban lors de la guerre de l’été 2006, contre 13 en Israël : tel était l’effarant bilan de la dernière équipée du Hamas. Qui a eu la décence, lui, de ne pas parler ensuite de victoire divine...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Depuis 2008, de Plomb durci à Pilier de défense, il n’y a pas que le nom de code donné aux rituelles expéditions punitives contre Gaza qui a changé, même si Israël paraît s’en tenir à peu près au même mode opératoire : un matraquage aérien de plusieurs jours préludant à une intervention des forces terrestres dont le rappel de milliers de réservistes laisse prévoir cependant qu’elle sera, cette fois, massive. De ce remake annoncé, la distribution des rôles, si elle demeure fidèle au script original, accuse néanmoins l’épreuve du temps. À une administration Bush fin de règne mais endossant jusqu’au bout les violences israéliennes, a fait suite un Barack Obama tout juste réélu et théoriquement plus enclin que jamais à condamner tout abus. L’Égypte de Hosni Moubarak n’est plus, qui, il y a près...
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