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À La Une - Religion

Ivan Dragisevic voit chaque jour la Vierge Marie

Le patriarche Raï peut se considérer comme un homme heureux. Ayant mis le siège patriarcal maronite à la disposition des « Amis de Marie, Reine de la Paix », pour une veillée de prières, il a obtenu sa récompense. Un geste de bénédiction tout spécial de Notre-Dame.

Ivan Dragisevic émerveillé par la vision de la Vierge.

Des milliers de Libanais ont afflué jeudi soir à Bkerké, à l’invitation des « Amis de Marie, Reine de la Paix », pour écouter l’un de ses apôtres, le Bosniaque Ivan Dragisevic, venu témoigner de l’extraordinaire faveur qu’il a eue à 16 ans, à Medjugorje, et dont il continue de jouir 31 ans plus tard, celle de voir quotidiennement la Vierge Marie, la Mère du Sauveur.


Pour ce voyage hors de l’espace et du temps, pas besoin de passeport ou de visa. Le cœur suffit. Certes, au portail, l’armée est là, filtrant les fidèles affluant vers le siège patriarcal maronite. Mais le sourire est souvent au rendez-vous, et un préjugé de confiance prédomine.
Dans l’enceinte extérieure du siège patriarcal, la foule est dense, fervente. L’élément féminin prédomine, tous âges confondus. Les « Amis de Marie, Reine de la Paix » sont nombreux, « ce qui fait la joie de la Vierge », dira Ivan plus tard.

Doublement extraordinaires
Ivan, c’est grâce à lui que la foule est là. Il vient de ce village magique choisi par Marie le 24 juin 1981, pour apparaître au sommet d’une colline à six adolescents qui s’en étonnent toujours aujourd’hui. C’était pour transmettre un message, une (très) bonne nouvelle : Dieu existe. Tout le reste en découle. Un village où tout le monde – ou presque – prie le chapelet. Une oasis de végétation luxuriante dans le désert spirituel de l’Occident.
Extraordinaires, les apparitions de la Vierge le sont à un double titre. D’abord parce que la voie commune des chrétiens du monde entier, c’est la foi, pas la vision. Ensuite, parce qu’elles se prolongent dans l’histoire. Ivan voit la Vierge tous les jours.
Là, en plein cœur du siège patriarcal maronite, elle lui apparaîtra au cours de la récitation du chapelet qui précède la messe. Alors qu’il prie, soudain, il s’agenouille, son visage se transfigure, on le dirait attiré par une merveille, il sourit, ce qu’au naturel il ne fait que rarement. De longues minutes s’écoulent, dans un silence religieux. Les lèvres d’Ivan bougent, il parle, mais personne ne l’entend. On dirait une image dont on a coupé le son. Puis il se relève. L’apparition s’en est allée.

La part des choses
Le chapelet terminé, la messe commence. Dans l’exhortation après l’homélie, le patriarche Raï fait la part des choses. Il émet les réserves de rigueur au sujet des apparitions et rappelle qu’une commission est chargée de se prononcer sur leur authenticité. Mais une fois achevé son devoir de pasteur, il en reparle comme si elles étaient authentiques.
Quelques prises de position « politiques » concluront son homélie. Le chef de l’Église maronite condamne notamment la course aux armements, qui prive tant de pays des fonds nécessaires à leur développement. Il assure que les bombardements aveugles sont « un crime contre Dieu et contre l’humanité », et l’on songe au déluge de fer et de feu déversé par Israël sur Gaza, mais aussi au bombardement par l’armée de l’air syrienne de zones résidentielles.
Pour faire la paix dans le monde, il faut la faire d’abord dans son cœur, dit encore le patriarche. Non à la guerre, non à la violence, non au terrorisme, non à la haine, la discorde, la perpétuation des crises politiques, oui aux efforts pour trouver des solutions. Là il parle du Liban.

Le témoignage d’Ivan
À l’issue de la messe, et avant le témoignage d’Ivan, le Saint-Sacrement est processionné parmi les fidèles, sous un dais en étoffe brodée d’or. Des lumignons très rococo le précèdent. Des flambeaux le suivent. La paroisse de Medjugorje et les voyants eux-mêmes sont très fermes sur cette partie du programme, qu’ils n’omettent jamais pour, soi-disant, « aller à l’essentiel ».


Puis Ivan se dirige vers le pupitre à partir duquel l’Évangile est lu. Dans une démarche spécifique de toutes les liturgies, il reprend, pour les nouveaux venus, le récit de l’événement fondateur, la première apparition : La Vierge portant sur l’un de ses bras l’enfant Jésus, et de l’autre leur faisant signe de s’approcher. Puis posant la main sur leur tête et les réconfortant. Mes enfants chéris, je suis votre mère.
« Quand ça s’est produit, se souvient-il, nous étions en train de prendre l’air, à la mi-temps d’un match de basket retransmis par la télévision. Vicka, nous voyant de loin, nous avait appelés avec insistance, et j’avais décidé d’aller voir, jugeant que ces manières ne lui étaient pas habituelles. »
« Nous n’avons jamais su quel avait été le score final », fait-il. Un trait d’esprit inattendu qui tranche avec son habituel sérieux.

Une nuit d’insomnie
En fait, effrayé par l’apparition, Ivan passera une nuit d’insomnie. « Est-ce possible? » ne cesse de se demander jusqu’au matin cet adolescent qui n’était pas particulièrement pieux. Effrayés à leur tour, ses parents l’avertissent : « Attention à ce que tu dis. Ne plaisante pas avec ces choses. » Une réaction naturelle dans un pays qui se trouvait encore sous le joug du communisme.


La prière (« à l’école de la prière, il n’y a ni récréation ni week-end »), la famille (« c’est là que naissent les vocations », « parents et enfants n’ont plus le temps les uns pour les autres »), le sécularisme (« où s’enfonce tranquillement un monde qui s’autodétruit », « plus que jamais par le passé, le monde va vers sa perdition ») sont des thèmes que développe volontiers Ivan, qui est marié, qui partage son temps entre Medjugorje et les États-Unis, et a déjà offert son témoignage dans plus de six mille églises.


« La Vierge n’est pas venue pour nous annoncer la fin du monde ou la seconde venue du Christ, dit Ivan. Elle est venue en mère, pour nous donner des conseils de vie. Et comme une mère, elle ne se lasse pas de répéter la même chose : être assidu à la messe, prier (inlassablement) avec le cœur, jeûner si possible, trouver du temps pour Dieu, aimer, pardonner. »


« Je parle avec elle comme je vous parle, dit-il, je peux toucher sa robe, regarder ses yeux bleus et ses cheveux foncés, voir le nuage sur lequel elle se tient, l’entendre dire “Je suis belle, parce que j’aime”. »
Il ravira l’assistance en lui apprenant que, durant son apparition, la Vierge a béni tout spécialement le patriarche, devant lequel elle a prié et étendu la main. Il ajoute que la Vierge a prié pour tous les fidèles présents, prêtres, familles, malades « et ceux qui portent des malades » dans leurs prières, sans compter les objets de piété transportés par les fidèles. Puis elle est partie, dit-il, suivie d’une croix lumineuse. Et de nos soupirs.

 

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