Les avions syriens se sont acharnés hier sur Maaret al-Noomane, entre autres cibles. Ahmad Noor/Shaam News Network/Handout/Reuters
Damas a qualifié hier de « déclaration de guerre » la réunion de l’opposition au régime de Bachar el-Assad, tenue la semaine dernière à Doha. Réagissant pour la première fois depuis la formation de la coalition de l’opposition, le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Moqdad, a accusé l’opposition de ne pas vouloir « résoudre pacifiquement la crise » en refusant « tout dialogue avec le gouvernement ». « Nous sommes prêts à discuter avec l’opposition syrienne qui a sa direction en Syrie et pas avec celle qui a été fabriquée ou dirigée ailleurs », a-t-il poursuivi. M. Moqdad a en outre dénoncé avec véhémence un éventuel armement des rebelles évoqué par Paris. Évoquant une « position arrogante et immorale » dictée, selon lui, par « le passé colonialiste de la France », il a estimé que « cette ingérence flagrante dans les affaires intérieures syriennes viole la Charte des Nations unies ». Il a également accusé la France d’être « responsable de la mort de milliers de Syriens » en apportant « un soutien financier et technique aux terroristes ».
Représentatif
Au lendemain de sa formation, la France a reconnu la coalition comme « seule représentante du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique ». Le président de la nouvelle coalition, cheikh Ahmad Moaz al-Khatib, effectuera dans les prochains jours une visite en France, à l’invitation de Paris, a en outre annoncé le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. « Je suis encouragé par le fait que l’opposition syrienne a créé un groupe dont la cohésion pourrait être plus grande que par le passé. Nous leur parlerons », a pour sa part déclaré le président américain Barack Obama. Toutefois, « nous ne sommes pas prêts à les reconnaître comme une sorte de gouvernement en exil, mais nous pensons que c’est un groupe représentatif », a-t-il ajouté, insistant : « Nous les considérons comme une représentation légitime des aspirations du peuple syrien. » « L’une des questions sur lesquelles nous allons continuer d’insister, c’est d’être sûrs que cette opposition est tournée vers une Syrie démocratique et modérée, qui inclut tous les groupes. Nous avons vu des éléments extrémistes s’immiscer au sein de l’opposition », a encore dit M. Obama, donnant une nouvelle fois écho aux craintes occidentales sur la présence de combattants radicaux islamistes dans les rangs des rebelles en Syrie.
Ce à quoi M. Moqdad a répondu que, durant son second mandat, M. Obama devrait se concentrer sur le conflit israélo-palestinien, qui est le « vrai problème de la région ». Il a également exprimé l’espoir que M. Obama « coopère avec nous, car nous voulons tous un règlement juste aux problèmes de (la région) avec le retrait israélien des territoires syriens, libanais et palestiniens ». À la question de savoir si la politique américaine vis-à-vis du conflit en Syrie allait évoluer, il a répondu : « Je ne peux pas parler pour les Américains. (L’ambassadeur en Syrie qui a quitté Damas) Robert Ford a mené les discussions à Doha, c’était son plan (...) Car Doha était un plan américain. Ce que nous allons voir dans l’avenir, c’est plus de problèmes que de solutions. »
Réunion avec Moscou à Riyad
Allié de Damas, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, qui a affirmé ne soutenir « personne » dans le conflit syrien « contrairement à ce que pensent généralement les gens », a de son côté critiqué les positions « partiales » des pays soutenant l’opposition. Et si plusieurs États du Golfe, notamment le Qatar, appellent à armer la rébellion, des pays occidentaux, États-Unis en tête, refusent cette option, redoutant qu’elle ne tombe aux mains d’extrémistes.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a d’ailleurs entamé hier à Riyad des entretiens axés sur la crise avec ses homologues des monarchies arabes du Golfe. M. Lavrov a eu un entretien séparé avec le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal, et devait par la suite tenir une réunion avec les ministres des Affaires étrangères du Conseil de coopération du Golfe (CCG, dont l’Arabie saoudite est le chef de file).
Du côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé avoir décelé « des fissures » dans le régime du président Assad et estimé que les forces du « jihad global », de plus en plus hostiles à l’État hébreu, prenaient forme en Syrie. Notons que par l’expression « jihad global », Israël désigne el-Qaëda et les groupes qui lui sont affiliés à travers le monde.
Au moins 104 morts
Sur le terrain, l’aviation et l’artillerie ont de nouveau frappé Damas, sa ceinture sud et le nord-ouest de la Syrie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dix-huit soldats ont ainsi péri dans des combats aux abords du poste-frontière de Ras el-Aïn, proche de la Turquie, qui s’est dit prête à répondre à toute violation de son espace aérien par la Syrie. Et les chasseurs-bombardiers ont également pilonné Boukamal, à la frontière irakienne, selon l’OSDH. Les violences ont fait au moins 104 morts hier, toujours selon l’OSDH. En outre, des diplomates du Conseil de sécurité de l’ONU ont rapporté qu’une cargaison de pièces cylindriques pouvant servir à la fabrication de missiles, provenant apparemment de Corée du Nord, a été découverte en mai à bord d’un navire chinois faisant route vers la Syrie.
Sur le plan humanitaire, Washington a porté à 195 millions de dollars son aide à l’entrée de l’hiver, tandis que Amman, qui héberge quelque 230 000 réfugiés syriens, prévoit de construire un troisième camp. Enfin, les forces de sécurité syriennes détiennent depuis une semaine un responsable du Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS), a rapporté hier le Conseil national syrien (CNS), principale composante de l’opposition, sans préciser les raisons de son interpellation. Il s’agit de Mohammad Raëd al-Tawil, âgé de 36 ans. Une source proche du Croissant-Rouge de même que l’OSDH ont confirmé cette arrestation.
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