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Sylvio Tabet : portrait d’un cinéaste en photographe

Rencontre Gentleman autant que malicieux, Sylvio Tabet se retranche derrière une ambiguïté décontractée. Artiste touche-à-tout, il présente aujourd’hui ses photographies à l’Espace Kettaneh Kunigk*.
13/11/2012
Calme et réfléchi, souriant et affable, cet homme de 70 ans est un paradoxe fantaisiste et une énigme cachée derrière un abord simple et chaleureux. Il est libanais «cœur fidèle», mais se satellise autour de la planète pour veiller sur ses actifs. Il a fait une longue carrière dans le 7e art, entamée par des études à l’Institut des hautes études cinématographiques à Paris. De retour à Beyrouth, il fonde, en 1964, SMT Films et réalise plus de 400 publicités au Liban, en France et aux États-Unis. Dont des spots mythiques comme ceux de Sohat et le «Bunny» de Ray-o-Vac. «J’en ai sauvé une trentaine seulement», regrette l’artiste. Ainsi que deux documentaires, Les Visages libanais et Espoirs du Liban, filmés à la fin des années 60. Il compte les offrir bientôt au ministère du Tourisme. «Ce sont des éléments historiques. J’espère qu’ils seront projetés au grand public.»
En 1972, juste avant son départ pour Paris, il reçoit un prix du Festival du film publicitaire de Venise. Dans la Ville lumière (des frères Lumière), il réalise entre autres Bilitis, Le Pion, Vas-y-maman, Liberté, égalité, choucroute, Le Toubib et Cours après moi que je t’attrape.
Au début des années 80, il s’installe à Los Angeles et réalise Fade to Black, Evilspeak, Cotton Club, Dead Ringers, Defiance, Freedom Road...
Le point culminant de sa carrière restera sans doute la trilogie de science-fiction Beasmaster, des longs-métrages produits, écrits et mis en scène par Tabet, convertis en série télé à grand succès.
L’artiste a également produit et illustré le livre Voyage au Shanti, une expérience spirituelle sur les enseignements de Sri Sathya Sai Baba. Son voyage à Shanti est une méditation sur les valeurs humaines et le sens de la vie. Le livre a été béni par le dalaï-lama. Il a écrit un recueil de poèmes et coécrit Tara, reine de la
Touargang.
Sylvio Tabet a conçu et construit plusieurs maisons et un bateau à voile. Il est divorcé et père de trois enfants.

Bolides à deux roues et mannequins sans bras
Son histoire, cette ascension incarnent-elles l’«american dream»? «Cela dépend de la manière dont vous entendez cette expression, dit-il, tatillon, mais sans se départir de son sourire. En général, le rêve américain signifie la terre des opportunités où prime la quête des richesses. Ce rêve devrait en fait faire partie d’un autre rêve, plus humain, plus spirituel.»
Aucun regret sur son parcours? «J’ai toujours eu la chance de pouvoir faire ce que j’avais envie de faire: créer. Que ce soit dans le cinéma, dans l’édition, dans la photographie, dans l’immobilier artistique et artisanal.»
Sylvio Tabet, américain? «Libanais, lance-t-il dans un rire gêné. Mon éducation sentimentale est libanaise. L’éducation intellectuelle est française et mon éducation pratique est américaine. Mais la création, à la base, est née ici, à Beyrouth.»
Et c’est dans cette ville qu’il tient sa deuxième exposition individuelle, après un premier ballon d’essai réussi à la Sylvia White Gallery, à Los Angeles.
À l’Espace Kettaneh Kunigk, donc, un échantillon représentatif de son art photographique. Sur le thème des mannequins et des motocyclettes, il a composé une symphonie de couleurs, une symphonie sur la liberté.
«La moto est à l’homme moderne ce que le cheval était aux cow-boys», affirme l’artiste avec son sourire emblématique. L’image iconique de Marlon Brando sur sa Triumph, dans The Wild One, hante l’imaginaire de Tabet, de même que celui du visiteur, devant ces bolides, ces belles qui se dévoilent. Mais l’artiste ne se contente pas d’offrir à nos regards les mécaniques rutilantes d’une Harley ou d’une Triumph. Chaque portrait de moto est présenté en diptyque avec une symétrie axiale parfaitement bien soignée. Sur le panneau de droite, la Harley en rouge, sur celui de gauche, sa sœur jumelle en vert. On l’aura compris: l’artiste inverse ses clichés et les peinturlure à l’aide du «paintbrush» virtuel de l’ordinateur.
Sylvio Tabet illustre aussi sa fascination pour les mannequins de vitrine. «Ils sont humains. À force de les regarder, on a l’impression de capter leur essence et leurs yeux semblent nous pénétrer jusqu’aux fins fonds de l’âme.» Sur ses photos, ces mannequins femmes n’ont en tout cas pas l’air de pantins anodins. L’artiste a choisi de les humaniser.
Ces femmes, plus vraies que nature, à la plastique parfaite, seraient-elles une critique des femmes Barbie du XXIe siècle? «J’aime trop les femmes pour les critiquer, rigole l’artiste. C’est à elles de le faire.» Et d’enchaîner: «Dans quelques années, le genre humain sera à l’image de ces mannequins, des robots androïdes. Avec, pour chacun, une puce implantée dans la tête qui lui dicte ses actions. L’homme est ainsi “brainwashed”, du soir au matin. Il se réveille en disant “Coca-Cola”.»
Sylvio Tabet qui vit à Los Angeles avec des retours fréquents à Beyrouth a décidé de «se remettre à fond dans la photographie», un art qu’il pratique depuis 30 ans.
Réalise-t-il ses photos avec le regard du cinéaste ou du publicitaire? «Le cinéma est un amalgame de tous les arts», rétorque-t-il. Mais l’on ne peut malheureusement pas accrocher un film sur le mur d’une maison et se le passer en boucle. Les photos, si. Et celles là, colorées et déclinées en duo (le yin et le yan, un concept cher à cet amateur de philosophie zen), sont propices à la gaieté et à la méditation.
Une exposition décalée, où l’humour de l’artiste ne sera probablement pas occulté.

* « Suspended Reality » jusqu’au 7 décembre. Espace Kettaneh Kunigk (Tanit), centre Gefinor, bloc E, rez-de-chaussée, Clemenceau, Hamra. Du lundi au vendredi, de 13h à 19h. Samedi de 12h à 17h. Tél. : 01/738706. www.galerietanit.com

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