Oui, à écouter plusieurs restaurateurs qui réclament l’amendement de cette loi, lui reprochant d’être la cause de la baisse de leur chiffre d’affaires.
Pour les protestataires, les habitués des restaurants ainsi que la clientèle des boîtes de nuit ont limité la fréquentation de ces adresses sous prétexte qu’ils ne peuvent plus se réunir pour fumer comme auparavant. Mais avant d’attaquer la nouvelle loi, que ses défenseurs ont eu beaucoup de mal à imposer et qui se veut à la fois protectrice et moderne, il est important de la placer dans le contexte actuel de déclin touristique.
En effet, le mois de septembre n’est pas un bon mois pour le tourisme libanais. Il s’agit bien évidement du tourisme « local » puisque le tourisme « international » ou « étranger » a été touché bien avant l’interdiction de fumer dans les espaces publics fermés. La baisse est due certainement à la crise géopolitique dans les pays voins, proches ou lointains, et à une médiatisation erronée de notre cher pays.
Le nombre de Libanais diminue fortement au mois de septembre en raison de l’émigration des jeunes qui soit poursuivent des études, soit travaillent à l’étranger. À ce facteur s’ajoute celui des familles libanaises venues des pays du Golfe, du Brésil, des États-Unis, d’Afrique, de bien d’autres contrées encore pour passer la saison dans leur pays d’origine. Des centaines de familles libanaises accueillent ainsi leurs proches en été pour les voir repartir avant même le début de l’automne. Quels effectifs pourront compenser cette émigration ? Aucun. Ainsi, les mois de septembre et les mois qui suivent – hors périodes de fêtes – représentent une saison quasi morte pour le secteur de la restauration et de la vie nocturne libanaises. Nonobstant l’excellent niveau de services et le rendement exceptionnel tant sur le plan régional qu’international proposés.
La loi en tant que telle a peut-être eu un impact sur l’économie libanaise. Toutefois, cet impact reste mineur et devient même insignifiant au regard des intérêts en jeu.
L’intérêt des non-fumeurs sains est sans aucun doute plus important que l’état de manque en nicotine des fumeurs.
Dans le but ultime de répondre aux demandes de tous les protagonistes et d’espérer voir les données économiques repartir à la hausse, il existe sûrement des solutions susceptibles dec satisfaire les deux parties. Créer des fumoirs est une idée certes potentielle. Les Libanais ne manquent pas d’initiative et de créativité ; ce qui leur manque par contre, c’est l’esprit de changement et de tolérance aux interdictions.
En 2012, il est temps de faire preuve de compassion et la notion de fumeur passif ne devrait plus exister.
Abolir la loi 174 serait pour de nombreux Libanais un retour à l’injustice sur le plan de la santé publique.
Renée Cristel FREIFER

