C’est dire à quel point les relations entre les deux pays n’ont jamais cessé, au fil des ans, à s’inscrire en dents de scie et combien la visite de quarante-huit heures de Benjamin Netanyahu représente une étape importante. Avec Nicolas Sarkozy, les contacts n’avaient jamais cessé d’être laborieux, exécrables même, surtout quand le chef de l’État français, lors d’un bref échange avec Barack Obama le 3 novembre 2011, à l’issue des réunions du G20 à Cannes, avait lancé, croyant les micros débranchés : « Je ne peux plus le voir, c’est un menteur. »
Il en va tout autrement avec son successeur. Depuis son élection, Hollande a eu avec « Bibi » deux entretiens téléphoniques mais il a reçu à l’Élysée le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et n’a pas manqué d’insister à chaque fois sur l’urgence d’une relance du processus de paix, en panne à cause du refus de Tel-Aviv de renoncer à sa politique de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem.
Sans surprise, le chef du gouvernement israélien tente d’obtenir à Paris une nouvelle volée de sanctions contre la République islamique, lancée dans un ambitieux programme nucléaire soupçonné de servir ses intérêts militaires. Dessin à l’appui, Netanyahu avait plaidé, fin septembre dernier devant l’Assemblée générale des Nations Unies, pour une « ligne rouge » destinée à empêcher Téhéran de disposer de l’arme suprême, avant de multiplier les allusions à une éventuelle frappe préventive par son armée de l’air. Depuis, il semble avoir mis de l’eau dans son vin, à tout le moins concernant l’échéance au-delà de laquelle tout retard représenterait pour les siens une menace existentielle. Désormais, il parle d’un délai expirant au printemps ou même à l’été 2013, tout en revenant régulièrement à la charge. Mercredi encore, il a fait allusion à une attaque aérienne, soulignant dans une interview à l’hebdomadaire Paris Match qu’ « un grand sentiment de soulagement étreindrait » le monde arabe, lequel, a-t-il ajouté – sans grand risque de se tromper – ne porte pas dans son cœur le régime des mollahs. Le sujet du terrorisme, déjà effleuré avec le chef de l’État, devait être abordé en profondeur, plus tard dans la journée, avec le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, à l’heure où la présence d’el-Qaëda au Mali inquiète au plus haut point les chancelleries européennes.
À domicile, le chef du Likoud a un gros problème sur les bras. Dans la nuit du 15 au 16 octobre dernier, la Knesset a prononcé sa dissolution et des élections législatives anticipées doivent se dérouler le 22 janvier 2013. Jeudi dernier, il a surpris tout le monde en annonçant la fusion de son parti avec l’Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman, actuel ministre des Affaires étrangères, boutefeux à rendre jaloux Ariel Sharon lui-même et de plus en délicatesse avec la justice pour une affaire de corruption. À peine née, cette alliance, passablement chétive, inquiète déjà ses géniteurs. D’où, pense-t-on, cette visite en France qui ressemble fort à une manœuvre destinée à braquer l’attention sur l’Iran alors que les États-Unis, à cinq jours d’une élection présidentielle cruciale, demeurent – à tout le moins pour quelque temps – imperméables à tout ce qui ne touche pas à l’économie. La semaine dernière, convient-il de rappeler, le Premier ministre avait reçu son homologue italien, Mario Monti, et il devrait se rendre en Allemagne en décembre.
Mardi, le porte-parole de la présidence du Conseil israélienne, Mark Reguev, prédisait « une visite constructive », tandis que les Français, plus pragmatiques, écartaient la possibilité
d’ « un changement majeur » et parlaient d’un équilibre à maintenir entre les positions des deux camps.
Plus que jamais, aujourd’hui que la France vient de se « re-socialiser » ce souci de la synthèse si cher à la rue de Solferino...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef