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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Plus fou que nature

Le vent et la mer à l’assaut de la côte Est des États-Unis, décrétée en état de catastrophe majeure, trafic aérien et ferroviaire perturbé, navires échoués sur Staten Island et l’orgueilleuse Fifth Avenue tapissée d’algues ; maisons soufflées, tunnels de métro noyés ; des morts, des blessés et des sans-abris, sept millions de personnes privées de courant électrique (enfoncé, pulvérisé, le sombre record du ministre Gebran Bassil qui, pourtant, y met du sien !) : hallucinant spectacle, que celui d’une superpuissance américaine dotée des moyens technologiques les plus formidables mais qui se retrouve passablement désarmée, face à la furie de la nature !

 

Chacun à sa mesure, vous êtes-vous peut-être dit en regardant à la télé ces images de fin du monde. Car si les Sandy, Katrina et autres ouragans aux charmants prénoms ont le bon goût d’épargner cette partie du monde, il suffit hélas de banales averses saisonnières, pourtant prévues, attendues, pour que notre petit pays devienne, bon an mal an, une vaste zone sinistrée. De la part des responsables, c’est ce qu’il faut bien appeler de l’obstination dans la négligence, de la persévérance dans la médiocrité. Et pourquoi en irait-il autrement, pourquoi ne serions-nous pas nous-mêmes en pleine situation de catastrophe majeure quand c’est l’irrationalité la plus criante – meurtrière de surcroît – qui régente en maître la vie politique libanaise ?


Dépassé en effet, le temps où l’on pouvait légitimement s’indigner de la concurrence déloyale pratiquée contre l’armée régulière par une résistance oublieuse de l’occupation israélienne, qui ne fait plus que résister à la reconstitution de l’État cohérent. Où l’on s’offusquait de voir la milice guerroyer ouvertement aux côtés des bouchers de Bachar el-Assad sans que cela embarrasse outre mesure un gouvernement prônant la neutralité face au conflit syrien.


Le fait est que nous vivons des jours où c’est désormais le gouvernement lui-même, et non plus certaines de ses composantes, qui incarne la négation de l’État. Il bafoue la décence politique en se comportant comme s’il n’était que très marginalement concerné par l’assassinat du premier policier de la République, et encore moins par les tentatives qui ont récemment visé plus d’une personnalité du camp souverainiste. Pire encore, il se lave les mains par avance des assassinats à venir, des attentats annoncés, se refusant au départ par prétendu souci de stabilité, laquelle ne serait en réalité que la paix des cimetières.


Pour compléter le surréaliste tableau, on voit la justice menacer de ses foudres un journaliste de la télévision coupable d’avoir appelé à une manifestation devant le Sérail et faire l’impasse, en revanche, sur des plumitifs – mais aussi des personnages publics alliés à la Syrie – qui avaient abreuvé d’injures le général Wissam el-Hassan, allant parfois jusqu’à lui promettre le plus triste des sorts.


Scène politique libanaise cherche désespérément Sandy ou équivalent.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Le vent et la mer à l’assaut de la côte Est des États-Unis, décrétée en état de catastrophe majeure, trafic aérien et ferroviaire perturbé, navires échoués sur Staten Island et l’orgueilleuse Fifth Avenue tapissée d’algues ; maisons soufflées, tunnels de métro noyés ; des morts, des blessés et des sans-abris, sept millions de personnes privées de courant électrique (enfoncé, pulvérisé, le sombre record du ministre Gebran Bassil qui, pourtant, y met du sien !) : hallucinant spectacle, que celui d’une superpuissance américaine dotée des moyens technologiques les plus formidables mais qui se retrouve passablement désarmée, face à la furie de la nature !
 
Chacun à sa mesure, vous êtes-vous peut-être dit en regardant à la télé ces images de fin du monde. Car si les Sandy, Katrina et autres ouragans...
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