La Réserve fédérale américaine. Timothy A. Clary/AFP
Mitt Romney promet de baisser les impôts, donc Wall Street soutient massivement sa candidature, mais un nombre surprenant de hauts dirigeants de la finance jugent qu’un taux d’imposition un peu plus élevé ne nuirait pas aux coffres de l’État fédéral. « C’est comme prendre un médicament qui a très mauvais goût. Quand ça ne va pas, ce n’est pas très agréable. Mais au bout du compte, ça contribue à améliorer la santé », résume Ron Florance, gérant de patrimoine chez Wells Fargo Private Bank.
Ces dernières semaines, le directeur général de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, et son homologue de JPMorgan, Jamie Dimon, deux poids lourds de Wall Street, se sont dit prêts à payer davantage d’impôts en échange d’un accord pour rééquilibrer les comptes publics. Le monde de la finance voit généralement les hausses d’impôts comme une hérésie susceptible d’étouffer toute création de richesses, d’empêcher toute embauche et de condamner l’économie à de longues périodes de stagnation. Des gérants de fonds spéculatifs comme Lee Cooperman ou des patrons de fonds de capital-investissement comme Stephen Schwarzman s’en sont pris publiquement à Barack Obama, l’accusant d’incitation à la guerre des classes.
Le président sortant préconise la fin des avantages fiscaux sur le revenu, les plus-values en capital et les dividendes pour les foyers gagnant plus de 250 000 dollars par an instaurés par son prédécesseur George Bush. Mitt Romney prône au contraire une baisse de 20 % du taux d’imposition qu’il promet de compenser par une suppression des niches fiscales, qu’il n’a toutefois guère précisée dans le détail, s’attirant sur ce point les critiques de son adversaire. Selon le Center for Responsive Politics, le secteur financier a contribué en octobre à la campagne Romney pour 16 millions de dollars, alors qu’il n’a versé que quatre millions de dollars à Barack Obama. Mais de nombreux gérants de fonds, chargés de portefeuilles dépassant le million de dollars, sont convaincus qu’un modeste relèvement d’impôts pour les foyers à haut revenu ne bouleversera pas l’économie, ni les marchés, ni même les avoirs des riches particuliers concernés. « Ils n’aimeront pas ça, mais ils ne vont pas commencer à s’inquiéter pour leurs fins de mois, et je ne crois pas que cela altérera leur manière de dépenser », déclare Joseph Balestrino, de Federated Investment Management, qui gère 360 milliards de dollars d’avoirs.
En 2012, le déficit des États-Unis dépassera les 1 000 milliards de dollars pour la quatrième année consécutive et la dette atteindra plus de 16 000 milliards. Les États-Unis empruntent actuellement à des taux d’intérêt très faibles, mais les investisseurs craignent que cela ne change un jour. « Il faut stabiliser, puis réduire la dette nationale, ou nous pourrions dépenser 1 000 milliards de dollars par an uniquement en intérêts dès 2020 », avertissaient en 2010 les auteurs du plan Simpson-Bowles de baisse du déficit, élaboré au Congrès, que ni Obama ni Romney n’ont accepté dans sa totalité. La question reviendra sur le devant de la scène avant même la prestation de serment du vainqueur de l’élection présidentielle du 6 novembre. Dès janvier, 500 milliards de dollars d’exemptions fiscales instaurées par George Bush pour tous les foyers fiscaux viendront à expiration et 100 milliards de dollars de coupes budgétaires s’appliqueront automatiquement.
Trouver un équilibre
Pour éviter ce choc, le « mur budgétaire » dont on parle beaucoup ces derniers temps, qui menacerait de plonger à nouveau l’économie américaine dans la récession, républicains et démocrates devraient s’entendre au préalable sur un plan de réduction du déficit plus progressif et étalé dans le temps. « Il faut un équilibre », estime Joseph Balestrino. « On ne peut pas juste baisser les impôts comme Romney ou augmenter les dépenses comme Obama semble vouloir faire. » De nombreux investisseurs soulignent que le taux d’imposition réel des plus hauts revenus est au plus bas depuis des décennies.
Une étude du Tax Policy Center, un organisme bipartisan, montre que les recettes fédérales sont tombées en 2010 à leur plus bas niveau depuis l’immédiat après-guerre, résultat du faible niveau de croissance et des fortes baisses d’impôts décidées par George Bush.
Selon Barack Obama, la fin des exemptions fiscales pour les plus riches rapportera 850 milliards de dollars sur six ans au budget fédéral. La plus haute tranche d’imposition sur le revenu serait taxée à 39,6 %, comme sous la présidence de Bill Clinton, et les taxes sur les gains en capital pour les plus hauts revenus seraient relevées à 20 % contre 15 % actuellement. Le thème de la justice fiscale avait été lancé an août 2011 par le milliardaire Warren Buffett qui s’étonnait d’être proportionnellement moins taxé que sa secrétaire. L’idée d’une taxe de 30 % sur les foyers gagnant plus d’un million de dollars de revenu par an avait alors été évoquée.
En France à la même époque, une quinzaine de grands patrons et de grandes fortunes s’étaient dit favorables à une « contribution exceptionnelle touchant les plus favorisés ».
Ces dernières semaines, le directeur général de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, et son homologue de JPMorgan, Jamie Dimon, deux poids lourds de Wall Street, se sont dit prêts à payer davantage d’impôts en échange d’un accord pour rééquilibrer les comptes publics. Le monde de la finance voit généralement les...

