Les détritus s'amoncellent à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où les combats font rage depuis trois mois. Tauseef Mustafa/AFP
L'aviation syrienne a repris vendredi son bombardement violent de la ville rebelle de Maaret al-Noomane, cible d'un raid sanglant la veille.
Les raids de l'aviation, principal atout du pouvoir dans cette guerre, ont fauché la vie jeudi à au moins 49 personnes, parmi lesquelles 23 enfants, dont certains s'étaient réfugiés dans une mosquée de Maaret al-Noomane, ville stratégique tombée le 9 octobre aux mains des insurgés.
Le correspondant de l'AFP a rapporté avoir vu des scènes atroces, notamment deux enfants qui jouaient dans la rue et dont l'un a été décapité et l'autre déchiqueté par les bombes.
(Reportage : À Maarret el-Noomane, l’enfant à vélo écrasé sous les bombes)
Des roquettes tirées à l'aveuglette sur Maaret al-Noomane, quasiment vidée de ses habitants, s'abattaient vendredi chaque 15 minutes. Les rebelles ont également accusé l'armée de l'air d'utiliser des bombes à sous-munitions sur la ville. Ils ont montré au journaliste de l'AFP les restes de l'un de ces engins, largué sur la ville : la partie inférieure à ailette de l'imposante bombe en métal gris, et des dizaines de sous-munitions dont certaines étaient non-explosées. Cette bombe portait des inscriptions en alphabet cyrillique sur l'une de ces ailettes, laissant à penser qu'elle est de fabrication russe.
Jeudi, le journaliste de l'AFP a vu un chasseur-bombardier Sukhoï de l'armée de l'air du régime larguer ce type d'engins sur les positions rebelles en périphérie est de la ville. La bombe a éclaté dans le ciel comme un feu d'artifice, ses sous-munitions s'abattant sur le sol dans des traînées de fumée blanche.
L'aviation syrienne fait usage de ces bombes sur la zone depuis une vingtaine de jours, a affirmé à l'AFP l'un des commandants militaires de Maaret al-Noomane, Raëd Mandil. Les chasseurs-bombardiers les larguent sur les zones habitées et sur la ligne de front, a précisé le commandant Mandil. "Ces bombes coupent les gens en morceaux".
De leur côté, les combattants armés sillonnaient en 4X4 la ville, ouvrant le feu brièvement à chaque passage de bombardiers. "Peu importe si nous mourrons, mais nous devons descendre ces avions", a affirmé à l'AFP un homme en charge d'une mitrailleuse antiarienne.
A la périphérie est de Maaret al-Noomane se déroule une autre bataille, celle de la base militaire de Wadi Deif, attaquée par les rebelles. Les insurgés ont annoncé jeudi un "assaut final" pour la prise du camp, qui abrite des soldats, des chars et d'importants réservoirs de carburants. Les combats ont baissé en intensité dans la nuit. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), "au moins 2.500 insurgés" sont engagés dans la bataille.
Selon la rébellion, la base contrôle un pipe-line approvisionnant en carburant la métropole d'Alep (nord), théâtre depuis trois mois de combats acharnés pour le contrôle de cette ville autrefois capitale économique du pays.
De violents combats secouaient plusieurs quartiers de la cité soumis à des bombardements. Les rebelles tiraient au mortier, d'après l'OSDH. Les violences, qui continuent de tuer des dizaines de personnes chaque jour, ont fait jeudi 195 morts -89 civils (dont 27 enfants), 45 rebelles et 61 soldats, selon l'OSDH.
La brutalité du conflit, qui a fait 34.000 morts en 19 mois selon l'OSDH, a atteint un tel niveau que les manifestations autrefois massives pour appeler au départ du président Bachar el-Assad sont beaucoup moins importantes.
Néanmoins, les militants antirégime, qui dénoncent l'"inaction" de la communauté internationale, ont appelé comme chaque vendredi à une mobilisation sous le slogan "Etats-Unis, votre silence suspect a contribué à la mort de milliers de victimes".
Visite de Brahimi
C'est dans ce contexte macabre que l'émissaire Lakhdar Brahimi a entamé vendredi sa deuxième mission à Damas depuis sa prise de fonctions le 1er septembre pour tenter de trouver une issue au conflit armé déclenché par la répression d'un mouvement de contestation populaire en mars 2011.
Arrivé en début d'après-midi dans la capitale syrienne, M. Brahimi va essayer d'obtenir du régime une trêve pour l'Aïd al-Adha du 26 au 28 octobre, après l'accueil favorable du pouvoir et de l'opposition à son appel en ce sens.
M. Brahimi, dont la presse officielle syrienne a salué la "diplomatie des petits pas", rencontrera samedi le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem. Il verra M. Assad à une date non précisée.
Pour le médiateur, en tournée régionale, la trêve qu'il a proposée pour l'Adha pourrait servir de base au lancement d'un "processus politique". L'opposition s'est dite prête à accepter la trêve à condition que le régime cesse le feu en premier.
Néanmoins, des analystes ont dit douter de la pérennité de la trêve, en raison de la complexité du conflit et des divergences internationales persistantes sur une solution.
La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Navi Pillay a, de son côté, exhorté le Conseil de sécurité, divisé entre Occidentaux pro-opposition et Russo-chinois soutenant le régime, à "parler d'une seule voix".
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Triste . Toujours une sale guerre civile suicidaire . Nazira.A.Sabbagha
06 h 53, le 19 octobre 2012