Ce n’est pas, en tout cas, la première fois que M. Mansour accuse les médias d’avoir mal interprété ses propos. Il y a quelque temps encore, M. Mansour prenait une décision unilatérale d’appeler la Ligue arabe à une réunion pour discuter du dossier syrien, sans avoir consulté au préalable le président de la République et le Premier ministre. Lui aussi refusait, il y a trois mois, de remettre une lettre officielle de protestation à l’ambassadeur syrien à Beyrouth, à la demande du chef de l’État. Mais aujourd’hui, M. Mikati a été clair. Présidant le Conseil des ministres, mardi, il a affirmé que « toute action face aux violations israéliennes ne saurait se faire en dehors d’un consensus interne ».
Il faut dire que la politique de distanciation pratiquée par le gouvernement Mikati à l’égard de la crise syrienne s’affirme jour après jour comme étant la plus saine et la plus adaptée à la situation du moment. Mais encore faut-il que les composantes du gouvernement s’y soumettent. Il n’est pas concevable que des factions au sein du gouvernement de distanciation y fassent entorse. C’est d’ailleurs ce qu’indiquait un des députés du courant du Futur qui demandait des explications au sujet de la participation du Hezbollah aux combats en Syrie, une participation qu’il crie sur tous les toits, et qu’il tente de justifier en accusant le 14 Mars de soutenir l’opposition syrienne en armes et en argent. Une question se pose dans ce cadre : où est donc Nabih Berry dans tout cela, architecte de la politique de distanciation ?
Dans ce contexte, les milieux de l’opposition s’interrogent sur la portée des violations syriennes de la frontière libanaise, soulignant que le régime d’Assad semble vouloir entraîner le pays du Cèdre dans un conflit armé. Si le pouvoir syrien se plaint des opérations de contrebande d’armes, pourquoi donc ne protège-t-il pas ses frontières? Pourquoi M. Mansour n’a-t-il pas encore enquêté sur l’affaire, en demandant des comptes à l’ambassadeur syrien à Beyrouth ? Les intentions du régime assadiste semblent à ce jour très claires, surtout après l’affaire Samaha-Mamlouk, mais la sécurité du Liban reste une ligne rouge protégée par une couverture internationale et régionale. Le régime syrien tenterait-il d’ébranler cette garantie par ses infiltrations récurrentes, qui troubleraient le pays et par là même la communauté internationale, absorbée par ses problèmes, et l’administration américaine, occupée par l’élection présidentielle ? À l’ombre d’une telle situation, l’instabilité au Liban pourrait, sans conteste, diminuer considérablement la pression extérieure sur la Syrie.
Une telle instabilité pourrait bien être amorcée par l’affaire du « drone Job », que les députés du 14 Mars ont considéré comme une violation de la souveraineté de l’État libanais. Demandant à l’Iran de respecter les pactes internationaux, les us et coutumes, l’opposition libanaise a pointé du doigt – encore une fois – M. Mansour, pour lui demander de convoquer l’ambassadeur – iranien cette fois – pour clarifier les positions des responsables de Téhéran qui empiètent sur la souveraineté libanaise. Le président Michel Sleiman ne l’a-t-il pas fait, suite à la déclaration iranienne considérant le Hezbollah comme un bataillon des pasdaran ?
Pendant ce temps, l’émissaire conjoint de l’UE et de l’ONU pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, a informé les responsables libanais du fruit de ses contacts et du plan qu’il a préconisé pour résoudre la crise syrienne, et qui commence par un cessez-feu pour la trêve de l’Adha. La mission de Brahimi jouit du soutien arabe et international, mais des milieux diplomatiques occidentaux excluent la possibilité de résoudre la crise avant les élections américaines. Nombre de politiciens informés rapportent que Washington pourrait accélérer le cours des choses après la présidentielle.

