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Nos lecteurs ont la parole

I.- Du Liban de nos parents à celui de nos enfants

Par Dr Riad JREIGE

De nos jours, parler du Liban, c’est surtout se souvenir qu’il a été ce doux et merveilleux pays où il faisait bon vivre, où l’hospitalité et l’humanisme de ses habitants avaient un sens et où la prospérité était au rendez-vous.
Toutes ces qualités se sont perdues, au fur et à mesure des événements, dans les méandres haineux et désastreux du comportement de ceux qui savaient ce qu’ils faisaient.
Le plus dramatique, c’est qu’il est à nouveau plongé dans ce cycle infernal de la violence et de l’incertitude dont il ne semble pas pouvoir sortir.
La haine et la méfiance semblent avoir pris le pas sur la tolérance et la confiance dans un avenir meilleur.
L’individualisme et l’égoïsme semblent avoir pris le pas sur l’ouverture et la solidarité envers les autres.
Le communautarisme et le confessionnalisme semblent avoir pris le pas sur le nationalisme et le dialogue intercommunautaire, indispensable à une coexistence pacifique.
La confiance aveugle en l’étranger semble avoir pris le pas sur la confiance en soi et en son frère du Liban, prélude obligé à l’affirmation de son identité.
Cette terre dont nous parlons est une vieille terre d’accueil.
Elle a certes vu défiler tout au long de son histoire, ancienne et récente, sur ses plaines et son littoral, les armées de toutes les puissances, de l’est comme de l’ouest ; mais elle a surtout été, dans ses montagnes, le refuge de bien des minorités, pourchassées par ces mêmes puissances.
Ces minorités composent encore et toujours l’architecture, l’essence même de sa population et aucune de ses composantes, aussi imposante soit-elle, ne peut prétendre avoir le dessus, parce que le nombre n’est pas un critère en soi pour justifier ou exiger sa vision.
Car, sur cette terre, le plus grand n’est pas plus grand que le plus petit et c’est là que réside son exception.
Ce pays est bien particulier.
Il défie les lois de la logique politique autant démocratique que totalitaire car appliquées sans aménagements particuliers l’une ou l’autre conduira vers sa propre négation.
Il défie les lois de la logique économique et refuse de sombrer, malgré la tendance des indices, dans le chaos.
Il défie les logiques d’État, de l’est comme de l’ouest, car elles sont tendancieuses et n’inspirent pas sa logique.
Il se veut un modèle, un message pour tous ceux qui veulent croire que les hommes se ressemblent, en dépit de quelques différences dans leurs croyances et que cela ne pourra en aucun cas justifier qu’ils aient pu ou qu’ils puissent encore s’entre-tuer.
Et pourtant c’est bien ce qui s’est passé et risque de se passer de nouveau.
Comme si notre pays ne nous était plus adapté, comme si ce pays avait été créé de toutes pièces, sans jamais nous avoir été adapté.
Ce « nous » paraît comme impersonnel, comme vidé de son sens originel et profond au point de ne plus rien dire.
Connaître ses origines et son histoire est porteur d’espoir et d’espérance.
Rien ne peut davantage représenter son identité que la terre sur laquelle on a vécu, grandi et en laquelle beaucoup se sont endormis à jamais.
Si les hommes et les femmes de ce pays ont perdu la signification de leurs combats, en se cassant la tête à encore réitérer les erreurs d’antan, à l’infini, il y a fort heureusement leurs enfants qui, eux, ont soif d’amour, de liberté, de connaissance et de bien d’autres valeurs.
Pour eux, la liberté de leurs limites est la limite de leurs libertés.
Personne ne pourra cantonner ces enfants dans une région particulière du pays, leur interdisant, de facto, de poursuivre leur rêve, de découvrir et de connaître les limites de l’horizon.
Des Libanais en vie, c’est un Liban en vie.
Des enfants libanais en vie, c’est un Liban en vie.
Des enfants libanais souriants et contents d’être ensemble, c’est le visage d’un Liban tolérant, uni et conforme à son identité.
Ces enfants ont besoin de se connaître.
Ils ont besoin de vivre ensemble et de découvrir, du nord au sud et d’est en ouest, les villes et villages de ce pays, de leur pays.
Ils ont besoin de se rendre utiles à l’autre, leur compatriote, de l’entourer et réparer ce qui lui a été détruit, parce que tout ce qui lui arrive leur paraît totalement injuste.
Un enfant n’a pas à connaître ou à subir la haine ou à affronter la mort avant même de découvrir ce qu’est la vie.
(À suivre)

 

Dr Riad JREIGE
Montpellier – France

De nos jours, parler du Liban, c’est surtout se souvenir qu’il a été ce doux et merveilleux pays où il faisait bon vivre, où l’hospitalité et l’humanisme de ses habitants avaient un sens et où la prospérité était au rendez-vous.Toutes ces qualités se sont perdues, au fur et à mesure des événements, dans les méandres haineux et désastreux du comportement de ceux qui savaient ce qu’ils faisaient. Le plus dramatique, c’est qu’il est à nouveau plongé dans ce cycle infernal de la violence et de l’incertitude dont il ne semble pas pouvoir sortir.La haine et la méfiance semblent avoir pris le pas sur la tolérance et la confiance dans un avenir meilleur. L’individualisme et l’égoïsme semblent avoir pris le pas sur l’ouverture et la solidarité envers les autres. Le communautarisme et le...
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