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À La Une - Exposition

Les arbres généalogiques de la grande famille de Rim el-Jundi

Sur les cimaises de la galerie Janine Rubeiz, Rim el-Jundi a installé ses portraits de famille. La sienne, mais aussi la grande famille proche-orientale à laquelle elle appartient. Et qu’elle représente dans un kaléidoscope d’arbres généalogiques picturaux.

« Le petit-fils de l’empire » (techniques mixtes sur toile, 190 x 80 cm).

Son grand-père, sujet de l’Empire ottoman, était ismaélite. Il avait rejoint la Révolution arabe et s’était battu contre la Sublime Porte. A-t-il gardé sa foi jusqu’à sa mort? Rim-el Jundi n’en saura jamais rien. Décédé avant sa naissance, il a emporté, à jamais, ses secrets avec lui! Son père Assem, «l’arabisant», a vécu la «Nakba» et la «Naksa» et a combattu auprès des fedayins. Vaincu, il a emporté dans sa mort ses rêves brisés. Son fils, à qui elle a donné le prénom de son père, est, quant a lui, aux antipodes de ceux qui l’ont précédé. Passionné de hard rock, l’adolescent qui ne s’exprime qu’en anglais rêve de prendre son envol, direction New York.
Ces trois hommes sont les trois icônes familiales de Rim el-Jundi. Mais aussi son hérédité, le tissu humain qui la constitue. L’un symbolise le secret, l’autre la défaite et le troisième le départ.
Vous l’aurez deviné! Dans sa récente série de peintures (techniques mixtes sur toiles) qu’elle expose jusqu’au 31 octobre à la galerie Janine Rubeiz, Rim el-Jundi dresse picturalement son arbre généalogique. Elle évoque sa lignée, raconte d’où elle vient et dévoile ce sentiment de métissage qu’elle porte en elle. Car, comme elle l’écrit poétiquement dans la note explicative qui accompagne son exposition, elle est «fille de Beyrouth», cette ville à laquelle elle voue des sentiments passionnels faits d’attachement et de rejet, et qui provoque en elle aussi bien des poussées d’adrénaline qu’un désir d’ailleurs. Beyrouth, entre Orient et Occident, creuset de civilisations, de cultures, de communautés et de croyances, a aussi, en partie, forgé son identité intrinsèque. Rim el-Jundi est l’héritière de ses strates historiques et sociales. Elle est la dépositaire de son héritage fait d’ouverture et d’affrontements. Elle est en somme fille de ses paradoxaux mélanges.

Fille de Beyrouth
D’ailleurs, à l’image de cette ville, sa peinture commença par être un affrontement violent avec la toile. Une expression de colère et d’autodestruction, manifestée par des figures primitives taillées au couteau dans une matière dense, sombre et chaotique. Puis, au fil des années, elle s’est progressivement tempérée pour aboutir à une expression figurative mêlant, dans un foisonnement d’éléments symboliques, le personnel à l’universel.
Dans les toiles de la présente exposition, les murmures intimes qui se dégagent des figures familiales portraiturées – celle du trio masculin évoqué plus haut, ou encore celles des sœurs et de la mère de l’artiste – se mêlent à ceux, comme venus de la nuit des temps, des différentes familles qui dessinent – ou faut-il dire plutôt qui dessinaient? – le visage du Levant. Cette région qui coule dans les veines de Rim el-Jundi et qui rassemble, dans un même espace identitaire, ce clan arménien surmonté d’effigies inspirées d’enluminures, ce groupe de femmes chrétiennes du début du siècle dernier posant sous la photo du patriarche, cette famille juive d’Alep célébrant une noce au son du oud, cette tribu d’agriculteurs chiites, ou encore cette autre de Kurdes célébrant la fête du printemps à Neiruz...
Empruntant à l’iconographie religieuse (avec laquelle elle s’est familiarisée au cours de ses études d’art sacré à l’USEK) les faces figées et les regards intenses des personnages qu’elle représente, et au pop art ses couleurs et répétitions de motifs, notamment d’arbres et de feuillages, l’artiste les mixe avec ses propres expérimentations de techniques et matières. Cela donne un florilège de visages aux regards énigmatiques qui fixent le visiteur et l’interpellent du fond de leur présence immémoriale.

* Raouché, immeuble Majdalani, rez-de-chaussée. Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 10h à 19h, samedi de 10h à 14h. Tél. : 01/868290.
Son grand-père, sujet de l’Empire ottoman, était ismaélite. Il avait rejoint la Révolution arabe et s’était battu contre la Sublime Porte. A-t-il gardé sa foi jusqu’à sa mort? Rim-el Jundi n’en saura jamais rien. Décédé avant sa naissance, il a emporté, à jamais, ses secrets avec lui! Son père Assem, «l’arabisant», a vécu la «Nakba» et la «Naksa» et a combattu...
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