On l’avait vu déjà avec l’effondrement, il y a trois décennies, de l’Allemagne de l’Est et la chute du dictateur roumain Ceaucescu : rescapées de la destruction, les archives des services spéciaux en disaient long alors sur les turpitudes de deux des polices politiques les plus terriblement efficaces d’Europe. Le régime syrien, qui n’a rien à envier à ces impitoyables dictatures, n’est sans doute pas au bord de l’effondrement, à preuve qu’il s’emploie, en ce moment, à nettoyer par le sang la province stratégiquement vitale de Homs. Les défections de maîtres barbouzes aidant, le voilà néanmoins qui vomit spasmodiquement ses sulfureux secrets.
En arrêtant l’ancien député et ministre Michel Samaha, convaincu d’avoir convoyé de Syrie, à bord de sa propre voiture, des explosifs destinés à une série d’attentats terroristes, le contre-espionnage libanais se doutait-il seulement de l’ampleur sans précédent d’un coup de filet qui, de jour en jour, tourne à la pêche miraculeuse? Littéralement pris la main dans le sac, Samaha, comme on sait, est spontanément passé aux aveux, livrant les noms des deux hauts responsables des Moukhabarate syriens qui lui avaient confié sa criminelle mission. Or s’il s’est rétracté par la suite, sur les conseils de ses avocats et de ses alliés politiques, ce sont ses propres gadgets électroniques, dont était équipée en effet sa luxueuse Audi, qui ont continué de parler pour lui, enfonçant cette fois la conseillère politique de Bachar el-Assad, Bouthayna Chaabane. La petite histoire retiendra qu’à celle-ci, l’imprudent faisait part, au téléphone, de l’arrivée à bon port de ses ravissants mais mortels chocolats.
À quelles fins Samaha stockait-il d’aussi compromettants souvenirs audio? Était-ce pour en transmettre des morceaux choisis à d’autres services étrangers, comme l’aurait fait un agent double ? Croyait-il plutôt détenir là une sorte de police d’assurance-vie face à ses propres employeurs syriens ? Toujours est-il que l’on attend qu’ait fini d’être dépouillé et retranscrit le contenu de cette singulière et monumentale audiothèque. L’histoire (l’histoire tout court cette fois, l’histoire des dernières années tragiquement fertiles en attentats meurtriers) pourrait bien y trouver en effet abondante matière à informations...
WikiLeaks passé de mode, c’est précisément une autre machine à remonter le temps qu’offre SyriaLeaks, ces fuites de documents confidentiels soustraits au renseignement baassiste et que diffuse depuis peu la chaîne satellitaire arabe al-Arabiya. Révélée il y a quelques jours, une note élevée aux plus hautes sphères du pouvoir rend compte, en termes sibyllins, du succès de l’opération menée avec la collaboration du Hezbollah le 12 décembre 2005, date à laquelle fut assassiné le journaliste Gebran Tuéni. Un faux grossier, affirme la milice pro-iranienne : commentaire qui n’aura surpris personne, puisqu’il est déjà arrivé au Hezbollah de nier des évidences autrement plus sérieuses, notamment les charges retenues contre quatre de ses militants par le Tribunal spécial pour le Liban dans l’affaire du meurtre de Rafic Hariri. Il n’en reste pas moins qu’avec les poursuites engagées hier par la famille de l’illustre martyr contre les signataires dudit document, la liste nominale des suspects vient de s’étoffer substantiellement ; en même temps se trouve salutairement réactivé, réactualisé, un dossier vieux de près de sept ans.
Si le Hezbollah affecte de ne pas en perdre le sommeil, c’est seulement parce qu’il y a soudain, pour lui, plus grave ailleurs, et c’est la preuve matérielle, indiscutable et d’ailleurs indiscutée de sa participation effective à la répression de la révolte syrienne. Les premiers cercueils de combattants arrivent au su et au vu de tous. Dès lors, les responsables de la milice en sont réduits à invoquer tantôt le devoir de jihad (mais contre quels infidèles et mécréants ?) et tantôt la nécessité de défendre de fantomatiques villages libanais enclavés en territoire syrien, du fait d’un mauvais tour joué par le tracé des frontières!
C’est en Syrie désormais que le Hezbollah, pilier d’un gouvernement se disant neutre, fait de la résistance. Parlant de mémoire tiens, on l’avait oubliée celle-là...
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L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef