C’est dans un contexte tendu que le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le général Michel Aoun, a entamé hier sa visite de deux jours à Jbeil. La ligue de Notre-Dame d’Ilij, où une messe annuelle est célébrée en mémoire des martyrs de la résistance libanaise (des partis chrétiens) avait rejeté vendredi la visite prévue de Michel Aoun au site d’Ilij pour y déposer une gerbe de fleurs, condamnant « les tentatives d’exploiter politiquement ce site afin de raviver les haines du passé ». Effectivement, la ligue a tenu une conférence de presse à cette fin, suite à laquelle une chaîne humaine a été formée devant l’église, au moment où le général Aoun devait s’y rendre en fin d’après-midi. Arborant sous la pluie le drapeau des Forces libanaises, plusieurs habitants du village se sont regroupés autour de l’enceinte de l’église d’Ilij, en présence d’agents de la sécurité déployés sur place. Le chef du Courant patriotique libre se trouvait alors à Lehfed, visitant la maison du Bienheureux Estefan Nehmé.
« Nous ne nous attarderons pas sur les slogans brandis à Ilij et nous tenons à ce que notre visite se déroule en toute fraternité », a-t-il alors déclaré. Mais une fois à Mayfouk, il n’a pu se rendre à l’église d’Ilij, comme le prévoyait le programme. Il a néanmoins prononcé un discours dans le jardin du village, déclarant qu’« un martyr n’est la propriété de personne mais appartient à toute la nation ».
Prenant ensuite la route vers le village de Bejjé, son convoi a été ralenti par des partisans des Forces libanaises regroupés au rond-point de Mayfouk. Les gardes du corps de Michel Aoun se sont alors mobilisés pour disperser les manifestants, ce qui a abouti à une petite altercation immédiatement résolue par les forces de l’ordre.
Arrivé en fin de soirée au siège de l’évêché maronite de Jbeil à Amchit, où il a été reçu par l’évêque Michel Aoun, le chef du CPL s’est de nouveau attardé sur l’incident d’Ilij. « Je ne réalise toujours pas ce qui s’est passé. Nous fermer au nez la porte d’une église n’a absolument rien de chrétien », a-t-il déclaré, précisant que « le choix de la paix nécessite une gestion conjointe ».
Du reste, sa tournée du premier jour, commencée à Ehmej, a été axée sur la loi électorale. « Ceux qui réclament les petites circonscriptions veulent émietter le pays et ne pensent qu’au gain instantané. » « Il n’est plus permis que la majorité populaire soit représentée par une minorité parlementaire », a-t-il martelé.
« Une nouvelle loi électorale sera votée. En tout cas, la loi de 1960 ne pourra les sauver de la défaite », a-t-il affirmé ensuite à Bir el-Hit, où il a été reçu par les députés Abbas Hachem, Walid Khoury et Simon Abiramia, l’ancien député Chamel Mouzaya et le responsable de l’association caritative islamiste de Jbeil et du Kesrouan, cheikh Hussein Chams. Ensuite à Kartaba, Michel Aoun a appelé à « unifier les efforts avec le président de la République en faveur de l’intérêt national ». Stigmatisant comme il se doit la dilapidation et le détournement des deniers publics, il s’est demandé où se trouve donc le développement équilibré.
Se prononçant à Aqoura sur la crise syrienne, il a tenu à rappeler à ceux qui invoquent la protection des frontières que « la sécurité du Liban du côté de la Syrie relève de la responsabilité de la Syrie, et la sécurité de celle-ci du côté du Liban relève du Liban ». À Mechmech, il s’est attardé sur l’enjeu de sa visite, « entamée dans le jurd de Jbeil ». « Jbeil a toujours constitué la part de l’opposition, mais nous voulons désormais qu’elle soit celle de la majorité », a-t-il confié. Sa tournée a également inclus Jaje et Tartaj, ainsi que le village chiite de Ras Kasta, où il a été accueilli par des responsables locaux du Hezbollah.


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